Voici venu le temps des assassins !

Publié le : 8 juin 2015 - Mot Clés : , , , , , , , ,

Après le rapport de Bernard Cornut-Gentille, le rapport de Bernard Attali, qui s’attaque à l’école Polytechnique (la française), va dans le bon sens. Redoutons qu’il subisse un classement vertical, tant les rentiers scolaires, en l’occurrence les diplômés de l’école Polytechnique (la française), sont en France un puissant lobby. Au reste, sont puissants tous les diplômés de ces écoles microscopiques, usines à cadres supérieurs, responsables d’incommensurables dégâts dus à l’arrogance acquise dans le cours de leurs études stériles : bachoter en vue de concours d’entrée où les règles sont données, les résultats connus, le temps de rédaction chronométré, le tout sous le regard de vigiles prompts à débusquer le tricheur. De ces épreuves, précédées par un bachotage idiot (si, si, je le maintiens, idiot) lors de deux années de CPGE installées dans des lycées (cherchez l’erreur), sortent des clones qui, en fonction du rang obtenu à un concours, arborent une superbe arrogance tout au long de leur vie. Ils ne créeront généralement pas grand chose sinon rien, se révèlent plutôt médiocres sitôt qu’ils se confrontent à leurs homologues étrangers issus d’autres moules. Ces premiers de la classe sont généralement affectés d’un provincialisme marqué, comme leur inaptitude à s’exprimer dans une langue étrangère le révèle : il n’est que d’entendre les énarques jargonner en anglais pour comprendre que l’horizon de ces premiers de la classe est l’hexagone. C’est en France que se trouvent les fauteuils à se partager, dès l’âge de 22, 23 ans en général. A ceux qui doutent du crétinisme auquel sont biberonnés nos héros scolaires, il leur faut lire les propos de Marie-Solange Tissier, la DRH de l’école des Mines, dont on apprend qu’elle dispose aussi d’un bureau à Bercy (qui paye ?). Voilà ce que cette personne dit de ses poulains : « Mon but est qu’à la fin des trois ans de scolarité dans le corps, un élève puisse, après huit jours passés dans une entreprise, avoir un avis totalement pertinent sur ce qui fonctionne ou pas. Faut-il changer le directeur, faire de la recherche, revoir les relations avec les syndicats, délocaliser la production, améliorer la qualité… Les membres du corps doivent contribuer à faire de la France un grand pays, en travaillant pour l’Etat ou ses grandes entreprises »[1]. Ne vous frottez pas les yeux, vous avez bien lu ! Une fois digérés ces propos suintant la suffisance et, songeant à toutes les sorties de route dont sont responsables ces brillants éléments, on pense au sort que toute société privée réserverait à l’un de ses collaborateurs tenant avec conviction un propos aussi stupide. Les salariés d’Areva ont probablement vu débarquer quelqu’un à qui huit jours avaient suffi pour tout comprendre de la filière nucléaire française.

Pour en revenir à l’école Polytechnique et à celles qui, aux frais des contribuables, peaufinent l’arrogance des premiers de la classe français, il faut comprendre qu’elles sont vouées au cimetière, toutes. C’est ce qui se lit dans le rapport Attali à propos de l’X. Après les ricanements entendus dès 2003 à propos de l’ineptie des palmarès mondiaux des établissements supérieurs, le temps du médecin légiste approche : le bilan international de ces petits établissements coûteux est catastrophique, et la santé du patient ne peut plus être tue. Plus personne n’est dupe que les meilleurs lycéens ne partent plus s’embourber dans les CPGE pour intégrer ensuite un établissement comme l’école Polytechnique. Ils y vont d’autant moins que sur le marché international du travail, quand le candidat signale qu’il est diplômé de l’école Polytechnique, son interlocuteur, systématiquement dès lors qu’il n’est pas en France, lui demande si l’école Polytechnique dont il est diplômé est celle de Zurich ou de Lausanne. Ce détail, les insiders ne l’ignorent pas et commencent à le prendre en compte au moment de leurs choix en terminale. Mieux vaut aller à Londres, à Montréal, à Zurich ou à Lausanne plutôt que de grimper à Palaiseau et parader avec bicorne ou porter l’uniforme pour suivre un cours en amphi Monge. Les étudiants à l’EPFL, en jeans et tee-shirt ont souri au spectacle anachronique de cette jeune polytechnicienne française, en uniforme militaire, qui escortait François Hollande venu visiter le campus lausannois lors de son séjour en Suisse.  Bref, Polytechnique (la française) est dégradée et ne s’en remettra pas. C’est au tour maintenant de l’ENS. Le dernier classement de Leiden, fondée sur l’impact des publications scientifiques, ne mentionne pas cette école. Zappée ! On n’en parle plus. « C’est incompréhensible et cocasse », commente Yves Laszlo, directeur adjoint pour la science de l’ENS. Les responsables de l’établissement laissent tomber un : « cela pose plus de questions sur le classement que sur l’ENS »[2].  Pardi, il est plus simple d’envisager la question sous cet angle ! Notre responsable précise qu’il « va tenter de comprendre ». On va lui faciliter la tâche : si vous ne figurez pas dans le palmarès de Leiden, c’est que vous n’existez pas, vous n’existez plus ! Seules les universités existent. Il faut vous y faire, et le plus vite sera le mieux, non pas pour ceux peinards, au chaud dans leurs charentaises, mais pour les étudiants, la « relève ».

            Que les universités ne se rengorgent pas trop cependant : elles sont nombreuses, dans le lot, à n’être que des établissements médiocres, saturés de professeurs non chercheurs, petits mandarins étriqués adeptes d’un localisme corrompu, assoiffés d’heures complémentaires et de toutes les primes ramassables, et qui sont la honte du métier. Qu’ils cessent déjà de recruter leurs propres étudiants, ce sera la première preuve d’une résurrection vertueuse.

 

Bref, où que l’on se tourne, le système français apparaît déglingué. Il a parfaitement fonctionné pour les fils de professeurs et de cadres supérieurs, persuadés parce qu’ils réussissaient un concours crétin que leurs rejetons étaient plus intelligents. Non, ils sont simplement meilleurs élèves dans un système de formation qui ne valorise ni la créativité, ni l’imagination mais le clonage, le singe savant. Cette engeance arrogante a colonisé tout ce que le pays compte comme appareils d’Etat et grandes entreprises, via une mécanique qui fait que la France ressemble à une société de castes. La France leur doit beaucoup d’être en si piteux état.

 




[1] Marie-Solange Tissier, Le Point, 2 avril 2015.

[2] Dépêche AEF, n°500842, 22 mai 2015.

Vos avis et commentaires

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Posté par captain Cook - Posté le 8 juin 2015 à 16 h 58 min

Une fois encore, vous n’allez pas vous faire beaucoup d’amis ! Pour l’X, je vous suis, cette école ne sert plus à rien, sinon à trouver du boulot facilement à des gens qui en auraient forcément trouvé. Mais ils entrent dans un réseau qui va les protéger longtemps; pour l’ENS, je suis plus réservé.

Posté par Drummer - Posté le 8 juin 2015 à 21 h 07 min

Normalien (Ulm), je ocnteste votre analyse. Polytechnique usine des gens sans importance scientifique, je vous l’accorde, ce qui n’est pas le cas de l’ENS. Vous gagneriez en crédibilité en n’amalgamant pas nos écoles. Merci d’en tenir compte, lors d’un prochain article.

Posté par XCARR - Posté le 9 juin 2015 à 6 h 58 min

Votre propos pourrait être plus sanglant si vous vous intéressiez à la situation des élèves français de l’X comparée au sort réservé aux élèves étrangers. Vous parlez de culture de caste, certes, mais il y a aussi une culture de classe qui mérite le voyage, avant d’envisager une enquête judiciaire sur fond de culture de la discrimination.

Posté par Victorius - Posté le 9 juin 2015 à 14 h 11 min

Bien écrit, cinglant et pertinent. Rien à ajouter. Je lis dans Le Plus que les X réagissent avec virulence. Je note surtout que seul leur cas les intéresse: ils se fichent royalement de ce que vous écrivez sur l’ENS et, plus largement, sur l’université française. Leur fiel est empâté.

Posté par motorhead - Posté le 10 juin 2015 à 9 h 21 min

Le plus amusant dans cette polémique, c’est que sitôt qu’on parle d’élite, les polytechniciens se sentent concernés ! Ils ont beau n’avoir laissé aucune trace scientifique des longues études que la collectivité leur a offertes, parce qu’ils ont été propulsés cadres supérieurs dans une société leur préexistant, lis se figurent être l’élite du pays. Vous avez raison, Garçon, très peu innovent, rares sont ceux qui créent une société, la leur, ils démarrent salariés, finissent salariés. C’est ça l’élite française. Au même moment, la France ne cesse de glorifier les Steve Jobs et autres Richard Branson qui, à la différence de nos scolaires, ont vraiment apporté quelque chose à leur époque. Remarquez que Lauvergeon va également beaucoup apporter mais à … Pôle Emploi. Personnellement je suis stupéfait de noter la mansuétude des médias à son égard. C’est comme si elle n’avait jamais piloté le Titanic. Mais alors qui était aux commandes ?

Posté par Démocrite - Posté le 17 juin 2015 à 20 h 49 min

Un mot: j’adore !

Posté par ViveLaPrepa - Posté le 14 juillet 2015 à 19 h 10 min

Article abrutissant de bêtise et d’ignorance..! Ce tissu d’inepties transpire une arrogance rare, je dois avouer que je suis bluffé… Bien heureusement, le reste de ce blog en dit long sur la qualité des propos tenus ici!

Posté par Thermidor - Posté le 15 juillet 2015 à 7 h 14 min

Mon expérience: je suis passé par une prépa littéraire (1991/93). C’est sans aucun doute l’expérience la plus inepte de ma brève existence. Cette formation est petite, mesquine, étriquée. Garcon a raison de plaider pour la suppression de cette voie post-lycéenne, infantilisante. Comment peut-on même s’imaginer faire des études supérieures tout en étant physiquement dans un lycée !!!

Posté par Cethegus - Posté le 26 octobre 2015 à 20 h 54 min

Le système français, tel qu’il est ne peut être que contre-productif en terme de performance globale. Aujourd’hui, plus que jamais, la rétribution de nos meilleurs devrait être liée étroitement aux résultats et à la prise de risque tout au long d’une carrière, par une mise à l’épreuve permanente dans une compétition saine et juste. Notre système produit exactement le contraire, une fois “désignés” les meilleurs par une performance intellectuelle dans leur jeunesse, nos élites n’ont plus aucune prise risque, aucune mise à l’épreuve, une rétribution assurée tout au long de leur vie, augmenté par une organisation en réseau et la cooptation. Imaginez-vous un sportif qui était champion dans sa jeunesse et à qui on décerne une récompense chaque année, croyez-vous qu’il s’entraîne sérieusement et qu’il progresse ? Mais non, il prendra du gras et deviendra paresseux, c’est humain. De plus, la sélection devrait se faire au plus proche des défis qu’attendent nos élites dans la société réelle, certainement pas par des exercices purement intellectuels sans aucun rapport avec des problèmes que leur pose notre société d’aujourd’hui. En effet, les universités anglaises et suisses l’ont parfaitement compris, l’enseignement est organisé dès la première année dans la filière choisie et se focalise sur l’application aux cas réels sans pour autant négliger l’exigence intellectuelle. En France deux années sont largement perdues en éloignant nos jeunes de la réalité avec le seul but de les classer pour la vie.

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