Les GAFA chez l’antiquaire

Publié le : 7 mai 2019 - Mot Clés : , , , , , ,

                       Ainsi le président Macron s’apprête-t-il à recevoir Mark Zuckerberg. Pour qu’au-delà de l’objet de la visite – réguler les contenus haineux sur les réseaux sociaux-, notre président puisse tirer le meilleur profit de cette rencontre, qu’il nous permette de lui suggérer une ou deux idées qui ne sauraient nuire à l’entretien.

            Considérant ses usages comportementaux, que la presse internationale a souvent raillés, il serait bienvenu qu’Emmanuel Macron fasse preuve, cette fois, de ponctualité. Autrement dit que, pour marquer son rang, il ne se sente pas tenu de faire poireauter son invité dans un salon de l’Elysée. A cela plusieurs raisons : les gens occupés n’aiment pas attendre. Et, occupé, Mark Zuckerberg l’est certainement. Autre dégât collatéral de cette impolitesse : pendant son attente, l’invité aura eu le temps de noter tout ce qui est visiblement déjà bien déréglé au coeur de l’Etat français : moquette en mauvais état sinon trouée par endroits, rideaux graisseux, sièges d’époque mais surtout inconfortables. Seul le café proposé, qui sera de mauvaise qualité, ne devrait pas faire rugir l’Américain, habitué qu’il est à ces jus de chaussettes servis chez lui dans des mugs.

            Après la ponctualité vivement recommandée viennent les modalités d’accueil. Il y a fort à parier qu’au vu de l’apparat élyséen, Mark Zuckerberg s’imagine entrer au château Kropow, à la cour Czarlitz du Sceptre d’Ottokar, gardes emplumés en plus. Les mœurs de cour sont, partout dans nos démocraties occidentales, des survivances grotesques, sauf à Buckingham Palace, où elles sont attendues. Il faut être Français pour s’imaginer que le décorum, les sabres de la garde républicaine impressionnent : tout cela fait irrésistiblement penser aux siècles passées et, dans les pays républicains, déclenche moins l’admiration que l’hilarité. Sauf à être antiquaire ou très âgé, qui s’extasie devant une commode en marqueterie de bois de violette ou des fauteuils à dossier violon et pieds courbés recouverts de damas bleu et or à décor de fruits exotiques ? Dès le départ, à celui qui arrive de la Silicon Valley, Emmanuel Macron donnera l’impression d’être un gardien de musée, un faux quadra. Certainement pas le jeune chef d’un Etat moderne, obsédé par la technologie et l’intelligence artificielle.

            Et puis viendra l’entretien. Et là, le pire est légitimement plausible. Le pire, c’est un Français, ancien premier de la classe qui, surconfiant pour avoir surperformé voilà 20 ans lors de concours imbéciles (IEP,ENA), va parler tout le temps. Qui, dans un anglais approximatif, même si de meilleure qualité que les pitreries vocales de François Hollande, va donner des leçons sur comment le monde doit être organisé, planifié, mieux géré, plus social, juste, écologique, etc. Emmanuel Macron devrait pourtant savoir qu’en débarquant en France, le jeune Américain (35 ans) a dans la tête l’incendie de Notre-Dame de Paris, les Champs-Elysées dévastés, le buste brisé de la femme au bonnet phrygien dans le musée de l’Arc de Triomphe, photo qui a fait le tour du monde et dont The Economist fit alors sa couverture. Bref, au lieu de faire la leçon à Mark Zuckerberg, comme le ferait immanquablement Bruno Le Maire, Emmanuel Macron serait mieux avisé de se taire. Ou de poser des questions, de solliciter des conseils. Se mettre en posture d’écoute et non de professeur qui sait tout, comme il l’a avec délectation lors des réunions du grand débat national. Sitôt sortie des frontières de l’hexagone, la France est inaudible. Le phénomène ne date pas d’hier, certes, mais la situation n’a jamais fait qu’empirer. Si l’entourage de Macron osait lui rapporter ce que la presse étrangère –allemande, italienne, suisse, anglaise- écrit sur la France et ses élites arrogantes, professorales, prodigues en conseils et menaces, sans doute que le président se montrerait plus prudent, plus réservé. Et tirerait un meilleur profit des visites que lui rendent des hommes d’affaires très intelligents – comme en atteste leur réussite professionnelle dans un univers exempt de rentiers scolaires-, des prédateurs tous aptes à simuler la plus grande attention quand, chez un interlocuteur capable de nuisance, ils décèlent une incommensurable vanité.

Vos avis et commentaires

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Posté par fernando - Posté le 7 mai 2019 à 17 h 08 min

Macron va faire la leçon à MZ; c’est sûr et certain. Il sort revigoré de deux mois d’agora où il a fait la leçon aux Français. Il va la faire à MZ, il est capable de tout, on peut lui faire confiance. Le bonhomme a la grosse tête.

Posté par J Lecaze - Posté le 8 mai 2019 à 9 h 34 min

Vous critiquez Macron. Vous devriez plutôt observer quelles sont les alternatives à EM. Wauquiez est étatiste, Philippot et Le Pen également, à quoi s’ajoute toute la gauche, depuis Mélanchon jusqu’à Arthaud. Bref, certes Macron nous a déçu, mais n’avons-nous pas ce que nous méritons?

Posté par X21 - Posté le 9 mai 2019 à 12 h 46 min

J’ai eu l’occasion de visiter l’Elysée en 2015, sous François Hollande. Le décor était en effet très miteux: le grand tapis du rez-de-chaussée était usé jusqu’à la corde, les lieux moins passants étaient délavés, rapés tout autant. La vision était calamiteuse entre la cour d’honneur, peignée au râteau fin, et l’intérieur du bâtiment, totalement défraîchi. Dommage que les gilets-jaunes, par leur colère, aient freiné les possibles réaménagements qui s’imposaient. Auraient-ils eu la possibilité de venir sur les lieux, que tous auraient voté l’urgence de ravalements, achats d’équipements modernes, etc. Au lieu de cela, l’Elysée n’est qu’un décor Potemkine. Et considérant la perte d’autorité du chef de l’Etat, le décor Potemkine est de plus visible. Bien triste de dépenser autant d’argent pour vivre dans des lieux pareils.

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