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Razzia sur les tirelires ! La pédagogie suisse pour apprendre la langue du pays d’accueil

Publié le : 31 janvier 2016 - Mot Clés : , , ,

            Le million de migrants qui débarquent actuellement en Europe suite aux famines, aux tyrannies et aux guerres d’Afrique et du Proche-Orient pose de gigantesques problèmes, comme l’ont notamment illustrées les violences faites aux femmes, en Allemagne, lors des fêtes de Nouvel an, et antérieurement en Suède. Les cinématographies égyptienne, marocaine ou iranienne, pour s’en tenir à cette source documentaire, montre l’ampleur du travail d’acculturation que devront faire ces populations masculines déracinées, forcées de s’adapter au monde dans lequel elles s’installent. Monde qui, comme l’a montrée les réactions des femmes allemandes, n’envisage pas de transiger avec l’égalité des sexes, la liberté d’opinion et d’expression, la tolérance religieuse.

            L’intégration des migrants est donc un enjeu majeur sitôt qu’on souhaite autre chose que la guerre civile pour son pays.

            En matière d’accueil des étrangers, il existe le modèle anglo-saxon. L’intégration n’y est pas un objectif prioritaire. D’où la juxtaposition des ghettos où se concentrent, en fonction de leurs pays d’origine, les ethnies les plus bigarrées. Ce multiculturalisme, pittoresque dans les films de fiction, semble avoir cependant atteint ses limites avec l’apparition de zones qui sont parfois en sécession avec les gouvernements centraux. D’où la volonté récente d’en finir avec les cultures du renfermement. Constatant cette faillite, le gouvernement de David Cameron vient de conditionner les aides sociales aux femmes étrangères, installées pour certaines depuis de dix ans en Angleterre, à la maîtrise de rudiments d’anglais, aides sociales qui leur étaient données jusqu’à présent sans contrepartie.

            La maîtrise de la langue du pays d’accueil ne semble donc désormais plus négociable. Ne pas la maîtriser vous condamne à un statut inférieur vous obligeant, par exemple, à recourir à un interprète pour toute formalité, depuis l’encaissement d’un chèque à un examen médical. Sachant que les enfants sont les plus plastiques en matière linguistique, c’est sur eux que doivent se concentrer les efforts.

            C’est dans ce contexte que surgit la commune d’Egerkingen, en Suisse[1]. Dans cette commune d’un peu moins de 4000 habitants du canton de Soleure, le conseil communal a voté un règlement scolaire imposant l’allemand (ou le suisse-allemand) comme seule langue autorisée à être parlée au jardin d’enfants et à l’école primaire. Considérant que certaines classes étaient composées à 70% d’enfants étrangers, et pour ne pas stigmatiser les enfants suisses pouvant se sentir exclus, l’allemand est donc devenue l’unique langue dont peuvent se servir les bambins. Et pour se faire mieux comprendre, les élus communaux ont instauré un système d’amendes. A la première infraction, les petits reçoivent un avertissement oral. S’ils récidivent, l’avertissement est écrit, destiné donc aux parents. Et si les bambins persistent, l’établissement les astreints à dix leçons d’allemand. Là où les Suisses montrent qu’ils ne rigolent pas, c’est que les dix leçons infligées aux récalcitrants, qui seront donc des leçons particulières, seront facturées 550 francs suisses (500€). L’objectif est d’éviter que se forment dans la cour de l’école des groupes de gamins ne parlant pas l’allemand, et finalement peu incités à l’apprendre. Les parents sont doublement attentifs à ce code de bonne conduite que lorsqu’ils doivent intercéder auprès d’une administration, le recours à l’interprète leur est systématiquement facturé selon la durée de la prestation. « La meilleure des pédagogies passe encore par le portefeuille » a déclaré la présidente de la commune, Johanna Bartholdi[2]. Et les parents qui, convoqués par l’autorité scolaire, négligent de se conformer à  l’appel, encourent une amende de 1000 francs suisses (900€).

            A situation d’urgence, mesures d’urgence. L’intégration est un impératif de survie, tant pour les migrants que pour la société qui les reçoit. Si le dividende des mesurettes soleuroises est un apprentissage accéléré de la langue du pays d’accueil, et donc une promesse d’intégration, qui réprouvera cet apprentissage linguistique au forceps ? Rien n’est pire que l’exclusion. Exclusion par lâcheté des adultes, en réalité moins soucieux de préserver la liberté d’apprentissage de l’enfant qu’aveugles face au problème de sa future marginalisation dans la société. Politique de l’autruche dont les enfants paieront l’addition tout au long d’une scolarité ratée pour la majorité d’entre eux et débouchant, une fois adulte, sur des parcours professionnels chaotiques et misérables.

            Avant de rejeter par dogmatisme borné les expériences faites ici et là pour accélérer l’intégration des étrangers, sachons nous montrer curieux et observer comment elles se déroulent. Puis en tirer profit.

 




[1] « Neuer Regeln : Wer kein Deutsch spricht, wird bestraft », Olter Tagblatt, 28 janvier 2016.

[2] La Tribune de Genève, 28 janvier 2016.


Vos avis et commentaires

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Posté par Debleu debleu - Posté le 31 janvier 2016 à 22 h 35 min

Pas de petits profits pour les Suisses. Bon, si ça permet l’intégration de jeunes sauvageons, pourquoi pas. Nous, en France, n’avons pas ce genre de problème. Notre immigration provient essentiellement des anciennes colonies françaises où la langue française a longtemps été enseignée. Si ces populations s’intègrent mal, ça n’est pas pour cause de français déficient. Donc, pas d’usage de la tirelire.

Posté par P.H. - Posté le 1 février 2016 à 13 h 48 min

Pas si stupide que ça comme idée. Mais ça ne peut marcher que dans un pays où l’état de droit est encore respecté. Je n’imagine pas en France une famille défaillante s’acquitter d’une telle amende. Et surtout, les organisations caritatives rameuteraient tous les journalistes pour dénoncer l’amende, assimilée à une intolérable rançon.

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