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Scientifiques, il serait temps de sortir de votre léthargie!

Publié le : 20 août 2012 - Mot Clés : , , , , , , , , , , ,

Evidemment, les gaz de schiste, le nucléaire et les OGM sont mortels. Il n’est que d’écouter France Inter, France Culture, de regarder Arte (entre autres les films de Marie Monique Robin), et de lire la plupart des médias écrits pour en être convaincus. Et convaincus, les Français le sont au-delà de la norme admise : tous de se dire « inquiets » et, conséquents avec eux-mêmes, les voilà se gavant d’anxiolytiques. Le cocktail de terreur (gaz de schiste, nucléaire et OGM) fait non seulement la fortune des prosélytes mais aussi de leurs éditeurs :  d’une flânerie dans une grande librairie, vous sortez généralement tétanisés pour vous être heurtés à des murailles de best-sellers sur l’apocalypse nucléaire, sur les tripatouillages meurtriers de Monsanto et consorts et sur les salopards qui, enivrés de profits, abîment notre beau sous-sol. Sur les plateaux de télévision et dans les radios, les mêmes prophètes se repassent le micro. Leur ton est celui de résistants héroïques à une oppression multiforme mais, à les en croire, terriblement dangereuse. Quant aux militants, ils sillonnent les campagnes, traquant les plants de maïs ensorcelés. Curieusement, ils ne font pas le siège de nos grands ports maritimes où est déversé par milliers de tonnes ce qui nous parvient d’Argentine, du Brésil ou des Etats-Unis, où prospèrent les OGM. Mais après tout, ces activistes convaincus font leur boulot : ils ont des convictions, superbes ou imbéciles, et les défendent mordicus.

            Un fait intrigue cependant : l’absence de contradicteurs à ces réfractaires au « progrès ». Certes, il y a Claude Allègre qui bataille dans Le Point. Mais pour s’être adossé à des thèses, semble-t-il, mal étayées, l’ancien ministre souffre d’un certain discrédit. Qu’en est-il des autres scientifiques ? Qu’en est-il des centaines d’ingénieurs à l’INRA ou au CEA, rarement entendus et qu’on ne lit nulle part dans la presse qui fait l’opinion. Adhèrent-ils tous à cette approche millénariste du progrès scientifique ? Les OGM nous condamnent-ils tous à la dictature de Monsanto ? A l’INRA n’y a-t-il aucun ingénieur agronome qui travaille sur les OGM, contrairement à ce que se passe à l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich? Les gaz de schiste qui, si l’on en croit Obama, ont permis la création de 400 000 emplois aux Etats-Unis, sont-ils la nouvelle vérole de notre planète ? Le nucléaire doit-il partout être abandonné ? Pourtant, si l’on en croit Le Monde[1], l’avis de ces spécialistes est attendu : sur les gaz de schiste, 83% des Français interrogés font confiance à l’avis des scientifiques, contre seulement 29% aux médias ou encore 54% aux écologistes. Ces milliers de scientifiques ne disant mot, doit-on en déduire qu’ils adhèrent à ce discours unique, étouffant mais qui serait donc valide ? Si ces scientifiques se taisent c’est peut-être que dans leurs laboratoires, ils ont pu constater les terrifiants impacts que nous, consommateurs passifs, ne pouvons voir. Dès lors, je m’étonne qu’ils ne soient pas plus bruyants et, considérant leur autorité scientifique auprès des Français, qu’ils laissent le champ entièrement libre aux associations, aux écologistes, aux élus locaux, aux médias. Si nous courons les dangers qu’évoquent tant d’associations, il est de leur devoir d’hommes de sciences de faire en sorte que, grâce à eux, les décisions soient prises plus rapidement encore.

Autre explication quant à cet étonnant mutisme : le discours des scientifiques, plus subtil que celui des militants, trop subtil pour les médias, ne perce pas le sarcophage du conformisme ambiant. Ils ne se tairaient donc pas, mais on les ferait taire. L’explication est peu convaincante, sauf à croire que nous sommes entrés dans un univers orwellien. Enfin, il y a la dernière explication : face à cette déferlante, nos scientifiques ont opté pour le mépris envers les vociférateurs. Pour ne pas faire de vague, ils ont abandonné le terrain aux plus bruyants. Malheureusement, courbant ainsi l’échine, ils se défaussent trop facilement. Leur haussement d’épaules commence à leur coûter cher, si l’on en croit les délocalisations sans retour d’entreprises innovantes dans ces secteurs. La relève de jeunes chercheurs qu’ils sont supposés incuber, là voilà qui se lève en Asie ou en Amérique, bref ailleurs. Au vrai, le mépris de nos scientifiques commence à coûter cher à l’ensemble de la société.




[1] Le Monde, 14 septembre 2012, page 7.

Vos avis et commentaires

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Posté par St Marguerite - Posté le 20 août 2012 à 10 h 21 min

Le prix de votre insolence, dans certains pays, serait une exclusion immédiate. Pourtant, ce que vous décrivez est rigoureusement exact, ce qui rend votre papier précieux.

Posté par Homme de Rio - Posté le 20 août 2012 à 11 h 53 min

Excellent, rien à ajouter !!! Et bon appétit…

Posté par J.P. Le Tréguois - Posté le 20 août 2012 à 12 h 24 min

Je croyais le classement multi-critères abandonné. Il est probable qu’il recoupera le CHE allemand, donc qu’il ne servira à rien. Cette entreprise qui devait jeter le discrédit sur le classement de Shanghai tourne à l’eau de boudin. Encore de l’argent gaspillé. Je ne savais pas le ministère de l’Enseignement supérieur si riche.En attendant, ça fait quatre ans qu’une équipe travaille sur un chantier qui, fini, suscitera une indifférence complète. Faut-il en rire, faut-il en pleurer? Le lien est vraiment détendu entre les citoyens contribuables et leur bureaucratie.

Posté par D. Sibot - Posté le 20 août 2012 à 14 h 59 min

Bravo, j’approuve sur toute la ligne! A part ça, quand on observe le conformisme de votre secteur d’activités, plus doué pour les lamentations que pour aller voir ailleurs comment ça se passe, vous devez vous trouver un peu seul, n’est-ce-pas ….

Posté par Verdurin - Posté le 20 août 2012 à 21 h 45 min

Si l’université française ne vous plaît pas, qu’attendez-vous pour faire vos valises? Vous participez d’une entreprise de destruction de nos institutions qui n’ont pas besoin de vous. Je suis Français, universitaire et très fier de l’être. Je ne crois pas qu’ailleurs ça soit vraiment mieux que chez nous, mais si ça vous tente…

Posté par J. Lyon - Posté le 28 août 2012 à 13 h 10 min

Votre analyse est excellente et je l’approuve sans restriction. Elle peut aussi s’appliquer, fort malheureusement, à la médiocrité de l’enseignement musical et musicologique qui ignore délibérément l’ouverture d’esprit en se crispant sur des idéologies esthétiques désormais obsolètes. Merci.

Posté par BMX13 - Posté le 9 octobre 2012 à 15 h 56 min

Le plus drôle est la dernière saillie anti-OGM que nous a servie l’université française. Un chercheur parvient à sortir simultanément un article dans une revue scientifique, un ouvrage que conforte un autre ouvrage de Corine Lepage. Il fallait les entendre meugler contre Sébastien Foucart du Monde sur France-Inter. Avec le renfort d’un documentariste sortant son film la même semaine, tous abreuvaient Foucart d’injures au motif qu’il exprimait des réserves sur l’expérimentation. Se refusant à l’hallali, il ne pouvait qu’être stipendié par Monsanto. Et le journaliste se joignait à la meute, tout comme un inconnu qui avait financé l’opération. Tous contre le seul ! Vive le service public, vive l’information équilibrée. Là où vous avez raison, c’est que, globalement couards, nos scientifiques font le gros dos. Par peur d’affronter ces millénaristes qui les poussent vers Pôle-emploi. Finalement, pour prix de leur lâcheté, ils n’auront que ce qu’ils méritent .

Posté par manu - Posté le 25 décembre 2012 à 17 h 21 min

Tout simplement pathétique.

Posté par manu - Posté le 25 décembre 2012 à 17 h 22 min

Et vous êtes enseignant chercheur … et bien ça fait peur !
Votre article ne repose sur RIEN !
Et pou vanter claude allegre il faut vraiment oser.
Arrêtez de chercher et aussi …. d’écrire !

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