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Nos écoles d’ingénieurs, un modèle envié? A voir…

Publié le : 13 décembre 2012 - Mot Clés : , , , , , , ,

 Généralement, la grandiloquence est l’attribut ostentatoire du politicien en campagne. Dans un moment où, crise oblige, les politiques basculent dans la sobriété, voilà que les journalistes sortent le clairon. A ni rien comprendre !

 Dans un supplément sur les Grandes Ecoles, le journal Le Monde[1] dresse le portrait des « Ingénieurs à la française » et de leurs écoles. A propos des « grandes écoles d’ingénieurs », le journaliste croit utile de coller en sous-titre « que le monde nous envie ». Donnant l’illusion que nous détenons une pépite, cette myopie est au départ de nombreux désastres et le symptôme d’une cécité prolongée.

 Il est par exemple faux d’ânonner que le monde envie nos « grandes écoles d’ingénieurs ». Si tel était le cas, le modèle de la grande école française serait cloné dans le monde entier. Or sur un planisphère, le modèle qui domine est le modèle universitaire. On y décerne non pas un diplôme d’ingénieur mais, au plus haut niveau, un doctorat. Les étudiants ne sont pas recrutés sur la base d’un concours imbécile mais sur dossier. La formation et la sélection s’étalent pendant cinq ans, jusqu’au master, avec un écrémage régulier chaque année quand, une fois passée leur concours d’entrée, les étudiants des « grandes écoles » françaises font un long séjour dans des Clubs Méditerrannée. Le plus étoilé d’entre tous étant l’X à Palaiseau, avec ses piscines, sa piste de danse, et autres choses rigolotes. Ils sont mêmes payés par la collectivité pendant que dure cette clownerie. Philippe Even[2] est sans pitié pour cette usine à cadres supérieurs. Les universités sont encore généralement des lieux d’enseignement et de recherche où les étudiants sont invités à suivre des formations dans une grande variété de domaines. De plus en plus de cours s’y donnent en anglais, au moins dans les universités de pointe installées en Hollande, en Suisse, en Allemagne ou en Suède, pour s’en tenir au bloc non-anglo-saxon.

Bref, où que l’on se tourne, on ne voit nulle part le champignonnage d’école d’ingénieurs à la française, qui reste donc un produit exclusivement franchouillard. Si « le monde enviait » un tel modèle, le monde entier dupliquerait en effet le dit modèle qui, à ma connaissance, n’est pas breveté. N’étant copié nulle part, on en déduira qu’il n’est envié par personne.

 Un indicateur de l’envie que peut susciter un modèle d’enseignement et de recherche est les flux d’étudiants. Dans ce même article et  à fin d’illustrer l’attractivité de nos écoles d’ingénieurs, il est indiqué d’où émanent les flux d’étudiants étrangers remplissant nos fameuses écoles. Viennent-ils par exemple des Etats-Unis, de la Grande-Bretagne ou de la Suisse ? Si, comme l’indique le titre du journal, le monde entier envie notre système, il devrait aimanter par milliers les étudiants américains scotchés dans leurs établissements prohibitifs, astreints à des droits d’inscription de 46 000 $ en moyenne l’an dernier, ou encore les étudiants britanniques à qui sont désormais facturés 9000£ chaque année. Et bien non, ces ingénieurs en herbe, pourtant dotés de cerveau, ignorent nos écoles « que le monde entier envie ». D’où viennent dès lors les étudiants étrangers ? De pays (Chine, Espagne, Roumanie), voire de continents (Afrique) où l’enseignement supérieur est totalement dégradé.

Et si les écoles françaises d’ingénieurs sont enviées par le monde entier, comment expliquer que, selon le même article, les étudiants ingénieurs français filent eux en masse vers : 1. La Suisse, 2. Allemagne, 3. Royaume-Uni ?

Bref, dans un moment où le ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche semble enfin faire preuve d’humilité, il est regrettable qu’un journal d’informations se laisse aller à l’emphase cocardière. Rien n’est plus contre-productif que le chauvinisme car il fausse le diagnostic. Et sans bon diagnostic, pas de médication réparatrice. L’état de l’enseignement supérieur est suffisamment sérieux pour que lui soit appliqué autre chose qu’un placebo patriotique.

Dernier détail croustillant. Une photo illustre l’article : la salle de lecture de l’école des Mines, « l’un des établissements les plus prestigieux ». La salle, sur la photo, est vide. Le photographe ne s’est pas trompé : pour fréquenter le lieu au moins deux fois par semaine, je peux certifier que cette salle de lecture est toujours vide. Ni les horaires d’ouverture, ni les fermetures interminables pendant les vacances ( ?), ni la pauvreté des périodiques qui y sont proposés ne contribuent à sa fréquentation. En revanche, l’Equipe est en accès libre.




[1] Le Monde, 13 décembre 2012, page 4/5.

[2] Philippe Even, La recherche biomédicale en danger, Le Cherche Midi, 2010.

Vos avis et commentaires

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Posté par Louise Michel - Posté le 13 décembre 2012 à 12 h 16 min

A propos des Mines, l’école du boulevard St Michel a fait un gros effort pour son hall d’entrée: belle pierre, beau bois. Il faudra suggérer au directeur de l’établissement de s’intéresser maintenant aux toilettes du rez de chaussée.

Posté par Ludo. - Posté le 13 décembre 2012 à 13 h 32 min

Il serait peut-être temps que vous réalisiez que nos grandes écoles sont le dernier joyau que nous possédons. Avec votre raisonnement, et alors que nous sommes déjà globalement médiocres, nous basculerions dans le néant. Merci de ne pas faire d’amalgame. Il y a des pépites à sauver. Pas l’X, je vous l’accorde, ni les Mines, mais les écoles du Polytech dont l’article du Monde vous montre à quel point certaines d’entre elles sont étonnamment bonnes.

Posté par Andrew Smith - Posté le 9 février 2013 à 16 h 10 min

@Louise Michel: en effet, les toilettes de l’école des Mines valent le voyage. Quasiment à l’air libre. Ni porte d’accès aux lieux, ni chauffage, une variante de ce que l’armée offrait à ses troupes voilà un demi-siècle. Vous auriez pu aussi parler de la cafétariat, qui conduirait à la ruine tout bistro qui l’imiterait. Pas de doute, cette école n’a rien qui fasse envie au monde entier…

Posté par Fonctionnariste-mais-que-le-dimanche - Posté le 21 juin 2013 à 9 h 43 min

Critique de l’enseignement primaire-secondaire en France :

Si t’es ingénieur que t’as contribué à la conception d’un avion, d’une fusée, ou d’un satellite, si t’es docteur en science et que t’as contribué à la production de connaissance nouvelle, par exemple tu as découvert comment le virus HIV cause le SIDA, si un jour, tu souhaitais enseigner le “”b.a.-ba”\" des sciences à des collégiens ou à des lycéens … et bin, tu ne peux pas parce qu’on te demande d’avoir un sous diplôme, le CAPES, diplôme instauré par la corporation des enseignants fonctionnaires qui n’ont jamais fait de science de leur vie !

Et oui, même avec un prix Nobel ou la médaille Fields, tu n’es pas autorisé à enseigner dans un collège ou un lycée !

A la fac, les plus mauvais étudiants, ceux qui doublent, triplent leur 1ère année, se ruent vers la filière CAPES. Les collèges et lycées sont remplis de ces tarés qui sont des frustrés des études supérieurs et qui sont incapables de transmettre quoique ce soit à quiconque mis à part leur dégout du plaisir d’apprendre ! Certes, on a tous connu un prof génial qui était passionné et dévoué à sa mission, mais ceux-là sont malheureusement minoritaires par rapport aux tarés incompétents. La toxicité de ces sous-profs. sur le psyché fragile des adolescents doit être pris très au sérieux. Ils sont les principaux responsables de la destruction et de la décadence de la société française.

Constat valable également pour les sciences humaines et sociales.

Concernant le contenu, les programmes sont chiés par des professeurs fonctionnaires ayant le super-sous-diplôme, l’agrégation. Ces profs. agrégés n’ayant bien sure jamais fait de science de leur vie, conçoivent des contenus à enseigner tellement approximatifs que lorsque l’on arrive en 1er cycle des études supérieurs (fac ou école d’ingé), on est obligé d’effacer de sa mémoire toutes les conneries apprises au Lycée !

Comment devient-on prof. agrégé dans les sciences dures (math, physique, chimie ou bio) ?
Et bien, vous bachotez à mort pendant le lycée pour entrer à l’école normale supérieure ENS (une de nos merveilleuses grandes écoles publiques que le monde nous envie … non je blague !). Une fois que vous y êtes, la nation vous octroie sur l’argent publique un salaire de 1500 euros brute/mois pour que vous puissiez étudier en toute quiétude (et oui, vous êtes après tout l’élite de la nation !). Vous continuer à bachoter comme une bourrique durant 4 ans en apprenant par cœur tous les livres au programme du concours d’agrégation (livres écris par des agrégés). Puis, une fois diplômé de l’ENS, vous passez le concours pour lequel vous vous êtes préparé durant les 4 dernières années et vous l’obtenez (encore heureux !). Une fois agrégé, vous avez le droit d’enseigner au lycée (l’agég. vous donnera un salaire supérieur aux capesiens, encore heureux, mais surtout un sentiment de supériorité qui n’a pas de prix !). L’agrégation vous permettra également d’avoir une carrière de haut vol dans l’administration à l’éducation nationale où vous pourrez, comme Dieu à Moïse, dicter le contenu des programmes qu’on prodiguera dans les collèges et lycées ! La boucle est bouclée, avec 4 années de formation supérieure à l’ENS et l’agrégation, vous n’aurez donc jamais fait de science pour de vrais ! Vous n’aurez jamais mis les pieds dans un bureau d’étude ou un laboratoire de recherche (pas comme stagiaire, mais pour y faire des recherches pendant plusieurs années de votre vie, découvrir et produire des connaissances nouvelles, publier des articles scientifiques relatant vos découvertes, breveter des inventions … ), mais vous serez LA référence de la connaissance scientifique pour l’éducation nationale ! Hi-han hi-han* vive la France !

* Onomatopée imitant le cri de l’âne

Constat valable également pour les sciences humaines et sociales.

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