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Le CNU revient sur scène, rires garantis

Publié le : 19 septembre 2013 - Mot Clés : , , , , ,

La rentrée s’annonçait morose. Certains d’entre nous regrettaient déjà que nos résistants abonnés à l’indignation soient si discrets, qu’ils ne nous assomment pas avec la question des retraites, ou avec les droits d’inscription universitaires « exorbitants ». Au vrai, il suffisait d’attendre. Notre patience est aujourd’hui recompensée avec l’entrée sur scène du CNU. Dans une interview à l’AEF[1], Christophe Sauty et P. Benech, respectivement présidents des sections 34 (astronomie, astrophysique) et 63 (génie électrique, électronique, photonique et systèmes) annoncent le lancement de l’évaluation individuelle des chercheurs, notamment de leur activité d’enseignement. Sur quoi vont donc se baser nos savants pour évaluer la capacité pédagogique de leurs collègues? « Ce sont les enseignants-chercheurs eux-mêmes qui rédigent leur rapport, donnant une information complète sur leur activité ». Que peut donc bien recouvrir « l’information complète sur leur activité » d’enseignement ? Tous, nous sommes tenus à 192 heures d’ ETD annuel. Se pourrait-il que certains, à l’insu des responsables de leur UFR, en fassent davantage ? Voire moins ? Au plan quantitatif, les moyens existent donc déjà de vérifier si l’obligation de services que signe chaque enseignant-chercheur est remplie ou non.        Passons au qualitatif. A la question : « Comme comptez-vous évaluer l’activité d’enseignement ? », Benech répond : « On va simplement regarder la description faite par le collègue de son activité d’enseignement et répondre à ses interrogations ». A supposer que l’intéressé n’ait pas « d’interrogations » que fera le CNU ? « Simplement regarder la description », en bon français ça signifie regarder passer les trains. C’est au tour maintenant de Sauty d’enfiler les perles: « L’enseignement est clairement la mission la plus difficile à évaluer. D’autant que l’on n’est pas aidé puisque nous ne pouvons nous fonder que sur du déclaratif ». En clair, Sauty confirme : ni la section 34 ni la 63 ne vont avoir beaucoup à faire. Le travail qu’ils annoncent, l’évaluation de l’enseignement, se résume à du pipeau. Sauty le justifie: son souci n’étant finalement pas tant d’évaluer que d’éviter tout « ce qui est facteur de stress et de dépression comme on peut le constater dans le privé ». Car n’en doutons pas, le président de la section 34 a une grande expérience de l’entreprise privée ou il a probablement longuement travaillé. En vrai scientifique, il parle en connaissance de cause sur le stress dans le secteur concerné. Avec ce qu’il nous annonce, il est certain que son intervention auprès des enseignants-chercheurs relevant de la section 34, ne génèrera guère de « stress ».

            Ces braves bonhommes dans leurs sections CNU, qui vont donc probablement se tourner les pouces, ne perdent pourtant pas le nord: ils seront « indemnisés » pour un travail dont quiconque peut mesurer la vacuité. Le commentaire inattendu sur l’aumône escompté vaut d’être cité : « Elle est extrêmement importante symboliquement car dans ce pays, toute mission qui n’est pas rémunérée n’est pas considérée par nos dirigeants ». En l’occurrence, les « dirigeants » ne sont probablement pas Warren Buffet ou Liliane Betancourt mais Geneviève Fioraso ! Ils se prétendent universitaires mais leur propos trahit qu’ils se vivent d’abord comme des employés ! L’université française est définitivement dans un piteux état.

            Enfin, l’ineffable Sauty ponctue : « Je serai favorable à un système informatique national centralisé, comme au Portugal ». Et oui, le Portugal, il fallait y penser ! Dans le panorama mondial des universités, le pauvre Portugal n’apparaît nulle part. Les jeunes Portugais poursuivent leurs études au Brésil, en Grande-Bretagne, en Allemagne, en France, fuyant des établissements paupérisés dans un pays en faillite. Choisissant son modèle d’excellence dans le domaine qu’il s’apprête à investir, Sauty ne nous dit-il pas ce qui l’attire : la médiocrité ?

Cette interview est une caricature de ce qu’est le CNU, soit un ramassis de gens globalement sans envergure, lobotomisés par un indécrottable provincialisme et qui s’apprêtent néanmoins à porter, sans rire, un jugement sur leurs collègues. Des cervelles de ceux qui font tourner cette machinerie rouillée ne peuvent jaillir que des idées périmées, des idées de fonctionnaires accrochés à de petits pourboires.

 

            A ces esprits étriqués, je vais conseiller de prendre contact avec le service d’évaluation de l’université de Genève. Dans l’établissement, six personnes s’y occupent à plein temps de faire circuler des questionnaires  parmi tous les étudiants. Chaque année, 2371 enseignants-chercheurs professant dans 8 facultés sont ainsi évalués.  Car les usagers, les étudiants, sont évidemment les seuls capables de porter un avis technique, en situation, sur l’enseignement. Une fois traitées, les réponses à ces questionnaires, qui réclament pour les remplir jusqu’à 15 minutes aux étudiants en psychologie, sont analysées par le service ad hoc, puis remises aux enseignants. Au vu des résultats, qui sont confidentiels, le professeur peut se voir proposer une didactique adaptée, un soutien pédagogique, etc. Tous les grands établissements sur la planète (Zurich, MIT, etc.) disposent de services internes pour évaluer la qualité pédagogique et coacher les professeurs défaillants. Dans ces établissements, dont aucun n’est portugais, pas de CNU, mais un gouvernement d’établissement qui a compris la nécessité que les professeurs soient de bons enseignants, et qui s’est doté des moyens pour parvenir à cet objectif.

            Le CNU ne sert à rien. Il est inutile et coûteux. Nuisible.




[1] Dépêche n°187254
Paris, mardi 17 septembre 2013, 10:45:21

 

Vos avis et commentaires

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Posté par Cri du coeur - Posté le 19 septembre 2013 à 12 h 33 min

Bravo! Je connais Sauty. Un carriériste médiocre. Son collègue ne semble guère valoir davantage. Vous avez raison, notre navire ressemble au Concordia.

Posté par Dupontel - Posté le 19 septembre 2013 à 17 h 30 min

Le problème n’est pas tant les deux présidents et les propos infâmes qu’ils tiennent à tour de rôle. Le problème ce sont les “pairs” qui les ont mis là où ils sont: doit-on en conclure que tous les universitaires des deux sections concernées sont aussi médiocres que ceux qui président aux destinées des deux domaines scientifiques ? Peut-on rêver d’un démenti de la part des scientifiques embarqués dans les propos déments de Sauty et Benech? Je crois que tous ont peur, peur que leur passe sous le nez le sabbatique auquel ils rêvent depuis des années. Donc, pas un seul se démarquera de ce tissu de c…. C’est terriblement triste.

Posté par La Bretonne - Posté le 19 septembre 2013 à 19 h 01 min

Moi j’avais aussi bien aimé quand ils ont affirmé quelque chose comme “on va faire, nous, une évaluation, parce que sinon ce sont les présidents d’université qui vont s’en charger”. Mouvement stratégique: on empêche une vraie évaluation en mettant en place une qui ne l’est pas.Reste à voir qui aura le plus fin à ce jeu, entre ces deux sections “pionnières”, et les 60% du CNU qui ne veulent d’évaluation aucune.
Soit dit à leur décharge, rares sont dans ce pays les personnes parlant en connaissance de cause de l’évaluation dans l’enseignement supérieur et la recherche. La confusion est totale entre évaluation (mesurer avec des critères et situer sur une échelle graduée) et audit ou peer review. Et comme à peu près personne (surtout pas une bonne partie des présidents d’universités…) n’a envie que de la lumière soit faite, on parie que ça va durer, et qu’on va nous servir longtemps de la soi-disant “évaluation par les pairs” en guise de “ferme ta gueule”.

Posté par D. Sibau - Posté le 19 septembre 2013 à 19 h 44 min

Très amusant le prof qui ne veut pas “stresser” ses oollègues. Pour autant que le personnage m’est familier, il ne connait l’entreprise privée que par le truchement du cinéma, et de la télévision. Sans doute lit-il aussi le Monde diplo. De toutes manières, ce qu’il est dit est accablant. Se référer à des dirigeants, en parlant du ministère. Il ne sait toujours pas ce qu’est une université et les chercheurs qui y travaillent. Une honte !

Posté par Tamerlan - Posté le 20 septembre 2013 à 7 h 03 min

Se référer au Portugal ! No offense, mais nos amis portugais sont au fond du trou. Leurs universités sont en faillite, dans un état pire que la population. Selon notre brillant chercheur, ce serait donc vers ce pays qu’il faudrait se tourner pour trouver un bon outil d’évaluation? Il est fou ou crétin? Un tel propos est soit provocateur, soit simplement stupide. Dans ce dernier cas, sa communauté scientifique serait inspirée de lui demander des comptes. Et dire que le bonhomme préside sa section CNU, où il a dû être élu. Ca donne une idée sans doute très juste de qui l’a élu: des médiocres.

Posté par Arturo - Posté le 20 septembre 2013 à 9 h 30 min

pas seulement amusant comme c’est écrit, c’est aussi tragique pour l’université française. Mais en bout de chaîne, n’y a-t-il pas un Ministère de l’Enseignement supérieur, de la recherche et de l’insertion professionnelle? Que n’agit-il contre deux pitres pareils ?

Posté par Philemon - Posté le 20 septembre 2013 à 14 h 10 min

J’ai aussi lu l’interview de Sauty et Benech.Contrairement à vous, je ne trouve pas ça drôle. Ce que disent les deux scientifiques et scandaleux, tout simplement. Je comprends qu’ils puissent vous amuser, en tant qu’astrophysicien, je suis outré par des propos aussi vils. Je pèse mes mots. Mon bonheur est d’avoir voilà dix ans choisi d’aller travailler à l’étranger. Quand je lis ça, je sais que j’ai fait le bon choix.

Posté par Fusselier - Posté le 20 septembre 2013 à 16 h 29 min

Je ferai remarquer que les deux universitaires cités ne sont les pires. En l’espèce, l’exercice critique est facilité par le fait que ce sont deux vrais scientifiques, qui s’expriment sans précaution oratoire dans la langue simplifiée des scientifiques. Ce qui ne retire rien à leurs responsabilités d’avoir professé des énormités (évaluer sur du “déclaratif”), de l’Harpagonerie (“l’indemnité”) et de la pure idiotie (“les dirigeants”). Mais j’imagine que vous n’auriez pas eu la tache aussi facile avec des escrocs du même calibre vivotant dans les sciences sociales. Là, la parole est mieux tenue. Nos deux benêts se sont-ils seulement relus?

Posté par D. Sibau - Posté le 22 septembre 2013 à 22 h 09 min

Il faut les chasser, tous! Ils sont la honte du métier. Comment deux ânes pareils peuvent-ils avoir l’aplomb de représenter des pairs. A moins que les pairs, dans ces deux disciplines, soient à leur image. Lamentable. Les dénonçant comme vous le faites, je vous apporte mon entier soutien.

Posté par Roi UBU - Posté le 23 septembre 2013 à 6 h 52 min

L’interview à laquelle vous faites référence est difficile à se procurer. Mais elle vaut en effet le voyage! Nos deux scientifiques apparaissent bien stupides. Je suppose que l’article leur a été soumis avant publication, ce qui rend leurs propos encore plus stupides et dégradants. L’observation sur “l’indemnisation” est en effet assez pénible.

Posté par Ironman 4 - Posté le 24 septembre 2013 à 12 h 50 min

C’est en effet consternant. Je songe à leurs étudiants qui, devant eux, ont deux universitaires aussi étriqués. Très triste pour les jeunes. Les deux vieux, on le sent, sont à l’aise dans le système. Deux gredins, à la tête d’une bande de petits gredins.

Posté par Agatha Christie - Posté le 24 septembre 2013 à 16 h 32 min

C’est bien beau ce que chacun raconte, mais ces deux ostrogoths ne sont pas tombés du ciel. Le Ministère sait à qui il a affaire et le Ministère c’est la droite du temps de Pécresse comme Fioraso aujourd’hui. Ces crapules, car ce sont des crapules nos deux syndicalistes, elles sont connues, les responsables connaissent leur travers. Pire, ce sont ceux qui ont voté pour ces deux tristes sires, dignes représentants de la “science française”. Un post fait observer que les sciences humaines ne font pas mieux, et il a raison.

Posté par J. Walberg - Posté le 25 septembre 2013 à 15 h 47 min

Globalement d’accord. Dommage que Benech se coltine Sauty, qui est une petite chose.

Posté par jijé - Posté le 8 octobre 2013 à 13 h 17 min

@ Walberg: vous ne connaissez pas Benech. Juste bon pour la benne de Véolia.

Posté par Rodolphe DUMOUCH - Posté le 11 décembre 2013 à 5 h 51 min

Un vrai reportage à la Jean-Pierre Pernaud, en plus vulgaire encore, déféqué par un spécialiste en mérdiats & cinématographie et qui a travaillé pour le fric de TF1 pendant 20 ans, de surcroît.

Si la CNU attaqué par un laquais néolibéral, c’est que ça doit être une bonne institution. La CNU a toutefois manqué de lucidité le jour où elle a qualifié ce petit Garçon. Sa place n’était pas à l’université mais à la Starac ou à Secret Story.

Posté par Monsanto - Posté le 21 décembre 2013 à 16 h 54 min

Le Dumouch est très amusant: il se prend probablement pour un romancier maudit. Il transpire le prof de prépa. Rebelle dans le sens du poil. Un vrai rebelle français, quoi.

Posté par Rodolphe DUMOUCH - Posté le 31 décembre 2013 à 5 h 41 min

Monsanto et autres gogos libéraux incultes qui se prennent pour les zélites, le rebelle dans le sens du poil, il vous glisse sa quenelle bien profond dans vos fions pour 2014.

Pour l’instant, votre caste néolibérale-formatée bobo-mondialiste, avec ses 3 mots d’anglais commercial (un caniche peut en retenir 200) se croit dans le sens du vent mais le vent est entrain de tourner. Préparez vos valises dès maintenant car bientôt vous n’aurez plus le temps de les faire.

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