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Eloge de la rente: l’école polytechnique (la française)

Publié le : 14 novembre 2014 - Mot Clés : , , , , , , , , , , , ,

 

Grande nouvelle ! Si l’on en croit un rapport récent que livre le Monde, l’école Polytechnique serait moins méritocratique que socialement discriminante[1].Ne s’y coaguleraient pas seulement les meilleurs matheux du pays, mais les fistons de l’oligarchie économico-sociale du pays, rejoints par quelques filles.

Que voilà une belle trouvaille! Le constat ne vaut-il pas en effet pour toutes les « grandes écoles » françaises, HEC, l’ESSEC, Centrale, etc. Poussons plus loin : est-on bien certain qu’à Harvard, à Oxford ou l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich, établissements infiniment mieux côtés internationalement que notre X, ne se bousculent pas les fils de médecin, d’avocats ou de cadres supérieurs ? Question boursiers, qui sont si peu nombreux à pouvoir se frayer un chemin jusque sur le plateau de Palaiseau, les trois pays cités (Etats-Unis, Grande-Bretagne, Suisse) ont résolu le problème : de bourses, ils n’en distribuent quasiment pas. Les grandes universités américaines pratiquent la gratuité pour les moins fortunés (« needs-blind admissions »), leur demandant en retour d’animer la vie du campus ou de d’assurer le coaching des nouveaux entrants. Pour sa part, le gouvernement britannique a instauré un système de prêts couvrant l’intégralité de droits d’inscription délirants (11 500 euros/an) et remboursables sous conditions de ressources sur 25 ans. Quant aux Suisses, très radins quand il s’agit d’aider les étudiants (46% des bourses vont aux apprentis), ils leur laissent le soin de trouver des petits boulots (les 2/3 travaillent parallèlement à leurs études). Les plus méritants ou les plus chanceux font des heures bien payées comme assistants-étudiants. Bref, bourses ou pas, partout, pour ses rejetons, la bourgeoisie a fait de l’enseignement supérieur sa chasse gardée.

Dès lors, pourquoi un tel raffut à propos de l’X ?

Assurément, il y a peu de filles dans l’école polytechnique française. Il y en a moins qu’à l’EPFL à Lausanne ou qu’au MIT. L’atmosphère de caserne qui règne dès les CPGE n’y est probablement pas étranger. Les casernes puent, et les odeurs d’aisselle incommodent moins les garçons. Supprimer les CPGE, rapatriez ces cohortes de matheux dans le giron universitaire, dans un environnement pluridisciplinaire, et vous découvrirez que les filles courent aussi vite que les garçons dans la résolution des équations et qu’elles s’épanouissent dans la compétition non confinée.

Le deuxième problème concernant l’X serait l’origine sociale des étudiants, notamment les enfants d’enseignants. Leur surreprésentation dans l’enseignement supérieur est une pathologie largement répandue. En Europe, sa présence est plus marquée dans les pays latins, dont la France. Le fonctionnariat, obèse en France, pèse ici de tout son poids.  Caricatures d’insiders, les enseignants connaissent les dopants efficaces pour leurs gamins, qu’ils imaginent être plus intelligents.

Le vrai problème de l’école Polytechnique est, comme l’a souligné, François Cornut-Gentile, son inutilité. Elle usine des cadres supérieurs qui se destinent par gros paquets à la banque et à la finance (un peu moins depuis que la crise a dégonflé les bonus), et aux grandes entreprises. Doivent se compter sur les doigts de la main les diplômés de l’X qui, par passion, se lancent dans la recherche au terme de leurs études. Et parmi ceux qui s’y collent, bon nombre le feraient pour échapper au remboursement de leur scolarité luxueuse. Qu’ils se rassurent cependant :  pour ce qui est du remboursement de sa créance, l’Etat français, jusqu’à présent, est plutôt amorphe… Là est l’autre scandale de cette école : issus dans leur immense majorité de milieux aisés, voire très aisés, les étudiants de l’école Polytechnique fréquentent ce qui n’est qu’une business school surfinancée par l’Etat, tout en étant payés par la collectivité. L’X est devenue un clone d’HEC où la cérémonie de clôture se fait en arborant un chapeau amusant, appelé bicorne. Curieux que les écoles de commerce n’aient jamais rien intenté contre cette concurrence déloyale. Et que dire d’un établissement supérieur où 100% des admis sortent diplômés trois ans plus tard ! Une chose est avérée : les contraintes, en matière de formation, sont limitées. Dès lors, qu’y apprend-on ? Peu de choses, sinon l’obtention d’un statut, d’une rente.

Un bon conseil pour les autorités de l’X qui prennent vite de la hauteur quand les défauts de leur école leur sont signalés : qu’ils se débrouillent, comme je l’ai fait, pour mettre la main sur les rapports qu’à la demande de leur établissement de rattachement rédigent les étudiants étrangers venus passer un an dans l’école française. Ce qu’écrivent sur l’X ces jeunes étrangers ayant fait le choix de venir en France est un arrêt de mort. Très éloigné d’un rapport de la Cour des comptes ou d’un rapport parlementaire, le regard extérieur que portent ces jeunes sur leur année passée à l’X résume toutes les tares françaises : arrogance, sectarisme, provincialisme, machisme, apartheid vis à vis des étudiants étrangers, obsession de caste chez les indigènes, etc. Tout pour plaire… Tout qui justifie l’exécution de l’établissement. Parions, puisque nous sommes en France, que les indignés vont moins tenter d’aller chercher vers les rapports de stage déposés dans les universités étrangères (c’est un peu compliqué, il est vrai, et ça demande un peu d’entregent) mais vont canonner le messager. A savoir le type, moi en l’occurrence, qui rapporte que le roi est nu.

La direction de cette étrange école, qui n’apparaît dans pratiquement aucun palmarès au plan du sérieux des recherches scientifiques supposées s’y conduire, n’a cependant aucun souci à se faire. Le réseau d’anciens diplômés saura en toutes occasions faire taire critiques (nécessairement envieux) et réformateurs. La rente, il n’y a que ça qui compte !

 

 




[1] « L’Ecole polytechnique, ce concentré d’inégalités »,  Le Monde, 25 novembre 2014.

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