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En finir avec les privilèges ! Français, soyez révolutionnaires, que diable!!

Publié le : 11 octobre 2013 - Mot Clés : , , , , , , , , , ,

Le ministère de l’Enseignement supérieur reçoit chaque jour sa ration de poil à gratter. Parmi les sujets irritants, il faut mentionner les cris d’orfraie qu’émet l’UNEF, sitôt qu’il est question d’augmenter ne serait-ce que de 2 euros les droits d’inscription. « Mesure scélérate », « atteinte insupportable au pouvoir d’achat », etc. Généralement, l’UNEF ne fait pas dans la dentelle. Son propos est ostensiblement exagéré. 2 euros, c’est beaucoup pour un jeune Tanzanien qui va nu-pieds à l’école ; ça ne l’est pas pour les centaines de milliers d’étudiants qui trouvent naturels d’engloutir chaque mois 50 euros en abonnement téléphonique et autres fariboles.

Pourtant, à bien y réfléchir, sur le fond, l’UNEF a raison de rouspéter. Pourquoi en effet les étudiants inscrits à l’université devraient-ils subir  pareille « augmentation » ? Poussons le raisonnement : pourquoi même devraient-ils payer pour faire des études supérieures menées dans de mauvaises conditions, quand les étudiants des écoles publiques généralistes (X et Ecoles Normales), au même moment, poursuivent des études dans le plus grand confort et, de surcroît, reçoivent un salaire ? Pourquoi, au simple motif qu’ils étaient au lycée forts en maths ou en thèmes, qu’ils étaient surtout moulés par papa et maman pour l’enseignement supérieur français (docilité, conformisme et sage bachotage), ces premiers de classe sont aujourd’hui rémunérés dans des établissements qui ne sont qu’une énième variante de club Med. Sur le campus de l’X, où les étudiants ne poursuivent aucune recherche (elle est faite essentiellement par les non polytechniciens venus du CNRS ou des facultés de sciences, et qui turbinent dans les laboratoires de Palaiseau), on trouve un centre équestre, un lac, des terrains de foot et de rugby à la pelle, etc. Sont-ce là les lieux où se préparent les guerres technologiques de demain ou bien les bacs à sable pour une élite qui n’est que scolaire? Le soutier de l’UNEF, à qui l’on demande un euro supplémentaire de droit d’inscription peut en effet se demander pourquoi ces fils et filles de profs (50% des effectifs français à l’X) sont payés pour des études qui les conduiront à majoritairement filer vers la banque, l’assurance, la grande industrie ? A quoi sert donc cette école ? A HEC, les cours sont payants, à ce que je sache. Les deux écoles forment pourtant les mêmes cadres, comme le montre le classement Times Higher Education des PDG des 500 plus grandes entreprises.

Dans un pays obsessionnellement travaillé par l’égalité, pourquoi les étudiants en université devraient-ils payer, même des cacahouètes quand les autres sont rémunérés, logés et blanchis, tout ça en préparation de la course du rat qui suivra, à la City londonienne  ou dans la salle des marchés de la Société générale ? Question d’autant plus urticante qu’a été dévoilé que, bons scribes dénués de la moindre capacité d’innovation (ici, nous ne sommes ni à Stanford ni à Harvard, n’est-ce-pas), ces premiers de classe, se bousculaient pour courir vers le privé. Pis, qu’avec la complicité active de leurs écoles, aucun ne remboursait le coût de sa scolarité qu’avait financé la collectivité.

Aux observateurs les plus fins n’a pas non plus échappé que, pourtant gavés aux frais de la collectivité, nos premiers de classe devenus cadres supérieurs ou parachutés dirigeants d’entreprise par la grâce du diplôme, sont très radins : en témoigne la modestie des campagnes de fonds auprès des alumnis, comparés à ce que versent les étudiants dans les établissements anglo-saxons qui, eux, ne salarient pas leurs étudiants mais les assomment pourtant de lourds droits d’inscription.

Ces coûts de formation, jamais récupérés, lèvent un autre lièvre : de quelle crédibilité peuvent se prévaloir les directions civil et militaire de ces établissements publics qui, pendant des décennies, ont fermé les yeux sur l’obligation contractuelle faite à leurs étudiants bifurquant vers le privé une fois leur diplôme en poche de rembourser leurs frais d’études, de surcroît sous-évalués ? Ces présidents d’école apparaissent certes comme d’exécrables gestionnaires, organisateurs d’un gâchis qu’ils ont laissé prospérer. Au vrai, ils ne sont pas uniquement incompétents. Sans doute sont-ils aussi de prudents calculateurs : à exiger de leurs étudiants qu’ils remboursent les fameuses pantoufles à l’X, l’ENA ou l’ENS, peut-être craignent-ils que l’obligation remonte jusqu’à eux, à leurs rejetons, tous passés par les mêmes matrices.

Le vrai sujet d’étonnement, c’est que le scandale n’ait pas été éventé plus tôt. Finalement, les nantis des  grandes écoles à la française  (« que le monde entier nous envie ») et les miséreux de l’UNEF ont de bonnes raisons de faire front commun. L’augmentation des droits d’inscription ne passera pas !

Vos avis et commentaires

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Posté par Gremlin - Posté le 11 octobre 2013 à 10 h 52 min

Provocateur, mais amusant. Ca passe donc. Etes-vous bien certain qu’à Palaiseau, la recherche ne soit pas faite par les étudiants mais par les chercheurs du CNRS?

Posté par BMX13 - Posté le 11 octobre 2013 à 14 h 19 min

Les établissements publics n’ont aucun intérêt à se remuer pour encaisser ce que les étudiants leur doivent une fois leur scolarité terminée. Soit, ils sont directement bénéficiaires, et donc se décarcassent pour obtenir le remboursement de ce que leur doivent les étudiants, soit c’est le Ministère, et dès lors c’est à lui d’agir. S’il n’y a pas de remboursement, comme vous le soulignez, c’est parce que les responsables de la rue Descartes n’en ont cure. Tout se tient. La chaîne d’incompétence est solide et tourne sur elle-même.

Posté par franco de port - Posté le 12 octobre 2013 à 20 h 13 min

Rappel utile de ces faits bien connus, mais courage, soldat Garçon, il faut aller plus loin. Et en particulier inventer ce qu’on pourrait faire des “grandes écoles” (ce que vous appelez ici les écoles publiques généralistes) dans un système réformé. Ma proposition, depuis une vingtaine d’années, serait de transformer les ENS et l’X en Ecoles Doctorales Nationales, sur concours. Les symboles seraient saufs et le prestige ainsi que les infrastructures reversés à la recherche. Ce n’est évidemment pas du tout le chemin suivi ces dernières années, puisque les grandes écoles ont plutôt tendance à se muer en mini-universités (depuis quelques années certaines d’entre elles peuvent même délivrer l’HDR). Mais on peut toujours rêver.

Posté par Franklin Roosevelt - Posté le 14 octobre 2013 à 7 h 12 min

@franco de port: vos Ecole Doctorales Nationales sont intraduisibles. Aucune langue actuellement parlée sur la planète n’est capable de traduire un tel concept. On en revient au plus simple: une université. Là où vous avez raison, c’est de sous-entendre que les 85 universités que compte la France sont pour 70 d’entre elles des IUT ou des variantes de lycées prolongés. Mais qui osera l’admettre?

Posté par franco de port - Posté le 14 octobre 2013 à 21 h 03 min

@Franklin Roosevelt. Je ne sous entends rien de tel et je crois que vous n’avez pas bien compris mon propos. Le vôtre est étrange venant d’un président ayant tant consacré à l’instruction publique secondaire et supérieure. Je ne crois pas que la France puisse se défaire facilement des symboles que sont l’X ou l’ENS. C’est pourquoi elles pourraient utilement être reconverties en écoles doctorales.

Posté par François Garçon - Posté le 15 octobre 2013 à 6 h 55 min

Vu où se situent aujourd’hui l’X et l’ENS qui ne progressent plus dans l’échelle de l’excellence mondiale et qui vont inéluctablement régresser pour de multiples raisons, et notamment leur dimension lilliputienne et leur endogamie parfaite (quasiment aucun prof étranger, des présidents qui sont diplômés des deux écoles à la tête de ces deux écoles), elles n’ont rien à perdre à tenter l’aventure de s’appeler Universités. L’ENS va disparaître et l’X devenir une école de management qui aura du mal à justifier les abondements pulbics face à HEC ou l’ESSEC qui font le même boulot, sans fonds publics.

Posté par franco de port - Posté le 16 octobre 2013 à 19 h 51 min

@ François Garçon. Elles n’ont sans doute rien à perdre, en effet, mais les universités les vraies n’y ont pas non plus intérêt (voir la place de ces écoles et autres EPSC dans les IDEX parisiens) et la culture institutionnelle française pourrait s’accommoder d’une reconversion des outils (logements…) et symboles associés en écoles doctorales supérieures, l’une en lettres, l’autre en sciences, en gros.

Posté par Franklin Roosevelt - Posté le 17 octobre 2013 à 6 h 57 min

@franco de port: vous paraissez de bonne volonté, mais comment se traduit en anglais, en langue internationale une Ecole Doctorale Scientifique Supérieure ou une Ecole Doctorale Littéraire Supérieure? Qui va comprendre ce monstre? Et pourquoi s’acharner à faire de la partition quand Oxford ou Zurich allient de la littérature, des mathématiques, de la médecine, du droit, etc. sur un même campus. Dans les collèges d’Oxford, l’étudiant en littérature allemande prend son petit-déjeuner avec celui qui fait de la physique quantique? Pourquoi ne pas mélanger littéraire et scientifique, ici aussi ? Donc, pourquoi ne pas se tourner vers… l’université, concept traduisible dans toutes les langues. Notre salut passe par la l’exogamie. Il faut attirer impérativement les talents universitaires étrangers, sauf à mourir sous le poids d’élites sociales improductives et vouées à la bureaucratie. Il n’est que de voir la stérilité complète des polytechniciens ou des énarques français.

Posté par Beau Parleur - Posté le 17 octobre 2013 à 8 h 12 min

Stérilité complète des polytechniciens? Vous sous-estimez ceux qui à la City ou la BNP ont méticuleusement plombé les comptes, eux si fiers de leurs algorythmes. En fait, les responsables sont souvent les énarques, inspecteurs des finances, qui leur ont passé la commande. Mais à tenir ces propos, je redoute d’être taxé de “populisme”, injure suprême de ceux n’ayant plus rien à opposer.

Posté par franco de port - Posté le 18 octobre 2013 à 21 h 15 min

@Franklin Roosevelt: Ecole doctorale se traduit en anglais par Graduate School (of Arts and Sciences en général) ,et c’est d’ailleurs de là que nous est venue cette invention à la fin des années 1980. Le pb n’est pas de mots mais de choses. Je n’ai pas dit qu’il fallait faire une ED de lettres et une de sciences. Je crois que la transformation modérée que je propose permettrait, encore une fois, de mettre des moyens et des symboles au service de la recherche (universitaire évidemment) tout en préservant ces symboles de l’élitisme républicain dont il est difficile de se défaire en un coup de cuiller à pot. Sur le reste, je partage votre romantisme ou votre universalisme universitaire, mais parvenu à plus de 50 ans j’ai appris à réfléchir de manière plus politique càd plus concrète. Actuellement, les humanités sont en train de sombrer dans le monde entier, pas seulement en France…

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