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Les bécasses de Sciences Po (Paris)

Les bécasses de Sciences Po (Paris)

L’ambiance était chaude, mercredi 20 avril, à Sciences Po (Paris). Pour prendre la mesure de l’énormité de l’événement, il suffisait de compter les caméras agglutinées rue Saint-Guillaume. De quoi s’agissait-il ? Réprouvant les propos de Manuel Valls sur la sanctuarisation souhaitée des établissements supérieurs en matière d’accoutrements religieux et se rangeant aux côtés des filles voilées, stigmatisées dans les rues parisiennes par des passants que ce spectacle afflige, des étudiantes de Sciences Po avaient décidé de porter le voile. De le porter l’espace d’une journée, devenue «Hijab Day ». Il s’agissait, selon les intéressées, « de sensibiliser sur la question du foulard en France ».

De l’aveu de nos activistes, le succès de la journée a dépassé leurs espérances. Dans Paris, il n’aurait été question que de cette téméraire transgression. Le pied de nez vise tous les intolérants qu’insupportent le spectacle des femmes voilées, spectacle qui tend à se banaliser, y compris dans le Quartier latin, un des centres historiques de l’émancipation féminine en France.

Evidemment, le Hijab Day ressortit surtout de la pitrerie. Quelques étudiantes en mal d’émotions ont trouvé un bon filon, notamment auprès de médias paresseux, à l’affût d’un sujet joué dans une école que beaucoup d’entre eux ont fréquenté et où ils retournent sans déplaisir. En d’autres temps et en d’autres lieux, 17 collégiennes d’un école du Massachussetts, elles aussi en mal de notoriété, avaient décidé de toutes tomber enceintes, « car elles voulaient toutes accoucher en même temps ». « Pour le fun, quoi ! ». Notre époque, chez nous, en Occident, est décidément frivole.

Ce spectacle ne serait que banalement insignifiant s’il ne s’abritait derrière un discours féministe, où il est question de la dignité que les femmes retrouvent une fois que, grâce au voile, elles échappent au regard des mâles concupiscents. Le spectacle donné rue Saint-Guillaume est surtout une insulte faite aux jeunes filles et aux femmes qui, vivant au quotidien dans des barres d’immeubles souillées et envahies par une vermine machiste dont personne ne pouvait soupçonner voilà vingt ans qu’elle prospèrerait à ce niveau dans nos sociétés post soixante-huitardes, se retrouvent dans l’obligation de porter le voile pour s’épargner les crachats et les « salopes » que leur lancent des grappes masculines directement venues du fond des âges. Découvrant les images de ces petites bourgeoises voilées volontairement, ces malheureuses n’ont peut-être pas forcément ri ni applaudi au spectacle donné par ces filles bien nées, installées chez papa et maman, probablement, dans de beaux quartiers et qui, dès le lendemain, ont réenfilé leur chemisier sexy et leurs Louboutin. Quitte à faire du prosélytisme ou en quête de sensations, ces filles qui s’affichent transgressives, devraient faire l’expérience des zones de non-droit, où l’Etat protecteur a capitulé devant des trolls, vivant en bandes et qui, au nom d’un islam dont ils ignorent tout, car il leur faudrait d’abord savoir lire, font régner la terreur sur les femmes et les filles entrées en puberté.

Comme il se passe toujours quelque chose à Sciences Po et que faire parler de lui est ce que cet établissement sait le mieux faire, voilà que le même jour, des étudiants avaient invité Alain de Benoist. Ils étaient cinquante à écouter le septuagénaire, qui tient un discours discordant dans une France où tout le monde ânonne la même chose sur l’air du rebelle intraitable, comme le relèvent pour en rigoler tous les observateurs étrangers venant à Paris. Cinquante étudiants sur 13 000 ! Le fascisme ne passera pas, qu’on se le dise ! Car ils ont eu chaud à Sciences Po, en effet. Alain de Benoist était venu parler deux heures sur le thème : « Modernité, libéralisme et pensée unique ». Faut-il que l’entre soi ait atteint des niveaux névrotiques extrêmes pour que deux heures d’Alain de Benoist mettent les étudiants en rage et que la presse sonne le tocsin! Rien moins qu’une demi-page dans Le Monde, le lendemain, pour dénoncer le méchant homme!

Bref, ces péripéties survenues le même jour à la rue Saint-Guillaume et qu’ont couvert des médias affamés de scènes de guerre, sont d’un niveau intellectuel nul. Ca n’est toutefois pas anodin : s’apprête en effet à sortir de cet établissement un gros tiers des prochaines promotions de l’ENA qui, à la suite de leurs aînés, prendront les commandes de la France. Dès à présent, on peut mesurer la médiocrité qui nous attend, médiocrité que les adultes ayant transité par cet établissement nous servent tous les jours.

Vos avis et commentaires

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Posté par François Garçon - Posté le 26 avril 2016 à 10 h 18 min

Il méritait d’être précisé que si bécasses elles étaient, elles n’étaient guère nombreuses à s’être enfournées dans ce combat grotesque!

Posté par rastapopoulous - Posté le 26 avril 2016 à 19 h 27 min

Philippe Villin dans un article sanglant paru ce jour dans la Figaro se moque de la Macromania et appelle à la fermeture de toute urgence de l’ENA. Vous vous êtes trouvé un ami.

Posté par M86 - Posté le 27 avril 2016 à 7 h 15 min

Il faut mettre cet épisode au passif du narcissisme généralisé et de la soif de notoriété, rien de plus. Ne pas voir dans cet épisode grotesque autre chose que le souci de petites bourgeoises, probablement bien nées comme en atteste la statistique de la fréquentation de Sciences Po, de faire la une des médias. Et c’est là, à mon sens, que le problème se trouve: comment se peut-il que tant de journaux aient pu couvrir une dizaine de “bécasses” se travestissant en musulmanes, le temps d’une matinée ?

Posté par Nicolas D - Posté le 27 avril 2016 à 7 h 21 min

@M86: le problème que soulève Sciences Po est son utilité. A quoi sert cette fabrique de cadres de la fonction publique ? C’est un établissement de culture générale, animé par des enseignants qui sont dans leur immense majorité l’équivalent de maîtres auxiliaires non titulaires de leur poste, pour la plupart ne possédant pas un titre de docteur. Je rappelle que, dans tous les pays, pour enseigner dans le supérieur il faut être passé par l’épreuve du feu, soit la rédaction d’une thèse. Sciences Po (Paris) fait surtout appel à des cadres d’entreprise qui viennent donner quelques heures de cours et qui, en échange d’un titre visant à impressionner les gogos “professeur à Sciences po”,viennent gagner 34 euros de l’heure et enseignent dans des salles désertées. A quoi sert Sciences Po sinon de débouché pour les fils et filles de la bourgeoisie n’ayant pas pu faire une CPGE et accéder à une école à classement de sortie ?

Posté par Récamier - Posté le 27 avril 2016 à 8 h 17 min

Sciences Po a un autre avantage comparatif face à toutes les autres universités parisiennes, les étudiantes y sont généralement jolies. C’est aussi un argument dans la balance pour les intervenants, le fait de pouvoir se prétendre “professeur à Sciences Po” étant le second. Ce qui est un abus de langage, comme personne ne semble le remarquer, à commencer par les rédacteurs en chef des périodiques qui ouvrent leurs colonnes à tous ces pseudo-”professeurs”.

Posté par PhD Columbia - Posté le 27 avril 2016 à 16 h 31 min

Vu de l’étranger, Sciences po est un truc indéfinissable. Autrement dit, pour parler franc, ça n’existe pas. Et ne vous y trompez pas, vous autres Français: quand un Américain dit du bien de Sciences Po -il s’en trouve parfois-, la raison de cet adoubement est intéressé: le flatteur cherche à se faire inviter à Paris. Du temps de Descoing, certains y parvenaient.

Posté par pro helvetia - Posté le 27 avril 2016 à 22 h 02 min

Une nouvelle fois, Monsieur Garçon, vous vous en prenez à un des joyaux de la France. Car Sciences Po est un joyau d’où sortent tous les beaux parleurs de votre beau pays.

Posté par No Reply - Posté le 28 avril 2016 à 12 h 02 min

@pro helvetia: j’espère que vous faites dans l’humour car la France est aujourd’hui à genoux pour avoir succombé aux délices de la rhétorique qu’enseignent ces écoles d’où sont issus tous ceux et celles qui gouvernent le pays. A part le ministre de la Défense et celui de la Justice, tous sortent des trois écoles qui, en raison de l’arrogance qu’elles enseignent à leurs élèves, sont parvenues à torpiller le pays. Sciences po prépare une bonne partie de cette engeance dont personne ne sait aujourd’hui comment se débarrasser. Ils ne partiront jamais, se reproduisent et se multiplient partout. Il n’est plus un seul petit département dans le plus petit ministère qui ne soit infecté par cette “élite” française persuadée en être…

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