Le chapitre inédit du rapport Gallois dans … la revue Nature !

Publié le : 17 octobre 2012 - Mot Clés : , , , , , , , , , ,

Le rapport Gallois s’interroge sur « Pourquoi la France décroche face à ses concurrents ». Parmi les « marqueurs du déclin », trois sont retenus particulièrement : La balance commerciale qui plonge, les exportateurs qui perdent des places de marché et leurs effectifs qui diminuent. Fort bien, façon de parler.

La revue Nature allonge la liste.  Intitulé « Global mobility : Science on the move », un article s’intéresse à la migration internationale des chercheurs dont le trek est désormais planétaire[1]. Y participent les meilleurs d’entre nous, les plus innovants, les plus ambitieux et imaginatifs, attirés tout à la fois par la réputation des établissements, le confort matériel qu’on y trouve, les recherches qui s’y mènent, la qualité des équipes qui les conduisent et leur productivité scientifique, et les étudiants avides d’être au contact de ténors, plus motivants que les obscurs soutiers. Evidemment, ce monde-là, recruté au terme de procédures longues et coûteuses, est évalué, se prête à l’évaluation, évalue lui-même le travail des collègues, communique en anglais.

Que nous disent les déplacements de ces universitaires qui, avant de boucler leurs valises, se renseignent, visitent les établissements ? Surtout, que nous annoncent ces migrations ? Là est un chapitre inédit du rapport Gallois.

Sur la base d’un échantillon de 2300 universitaires, deux chercheuses, Laura Harper et Fiona Watt, ont conduit une vaste enquête internationale. Trois questions ont été posées :

  1. Quels sont les pays ayant l’impact scientifique le plus important aujourd’hui ?
  2. Quels sont les pays qui devraient avoir l’impact scientifique le plus important en 2020 ?
  3. Envisageriez vous de vous y installer ?

Au plan de l’impact scientifique actuel, la France (avec 25 points) se situe à la 6ème place internationale, derrière le Japon (27), la Suisse (27)[2], l’Allemagne (47), la Grande-Bretagne (50), les Etats-Unis (87). Cette hiérarchie n’étonnera personne. Elle corrobore les palmarès sur les universités que nous ont livrés depuis bientôt dix ans les classements de Shanghai, du Times Higher Education, etc.

La surprise, mais est-ce vraiment une surprise, vient des réponses à la deuxième question. Telle que perçue par les universitaires étrangers, dans moins de dix ans, la France en tant que place scientifique n’existe plus. De 6ème du point de vue de sa réputation actuelle, la France (avec 8 points) chute à la 10 ème place, derrière l’Australie (13), le Brésil (16), la Suisse (18), la GB (19), le Japon (22), l’Allemagne (23), l’Inde (29), les Etats-Unis (36), la Chine (59). Passant d’une cotation de 25 à 8, la France a non seulement rétrogradé, ce qui est évidemment gravissime. Mais le pire est la brutalité de son déclin, sans pareil parmi les autres pays qui s’affaissent en raison de la montée de la science chinoise et indienne. Parmi tous les pays cités, la France accuse la plus forte perte de notoriété scientifique aux yeux de ceux qui constituent l’univers scientifique actuel. Ainsi nous jugent non les agences de notations, mais nos pairs !

Un jour peut-être, les responsables de l’enseignement supérieur s’interrogeront sur comment et pourquoi notre pays a pu ainsi faire fausse route puis, décillé depuis 2003 par les classements internationaux, a persisté à foncer dans le mur. Ecartons d’emblée la thèse d’inspiration paranoïaque d’un « monde entier qui nous envie » et qui comploterait contre la France et cherchons à comprendre les causes du désastre qui s’annonce.

Faite dans quatre domaines (biologie, chimie, sciences de la terre et sciences environnementales) auprès de 17 000 chercheurs disposés à émigrer, une autre enquête du même article livre un élément du diagnostic : quand les universités suisses, canadiennes et américaines comptent respectivement 57%, 47% et 38% de professeurs titulaires étrangers, la France n’en compte que 17% (venus essentiellement du Maghreb et d’Italie). L’Italie fait pire, avec seulement 3% d’universitaires étrangers.

Affecté d’une consanguinité débilitante (localisme, népotisme, CNUisme), engoncé dans des décorations héritées de l’Ancien régime (agrégation), cadenassé par des écoles microscopiques infectées d’enseignements stériles, l’enseignement supérieur français se meurt. Les assises qui sont à son chevet attendent non Godot, mais leur Bossuet. Pour le reste, les fossoyeurs sont déjà à pied d’œuvre.



[1] Richard Van Noorden, « Global mobility : Science on the move », Nature, 490, 326–329, (18 October 2012)

[2] Le schéma des auteurs pointe en effet ce pays, nommé par ailleurs.

Vos avis et commentaires

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Posté par BMX13 - Posté le 17 octobre 2012 à 13 h 33 min

Les universitaires, selon vous, ne connaîtraient rien de l’entreprise. C’est là un point de vue qui n’engage que vous et qui n’est pas étayé. Pour ce qui me concerne, j’ai une connaissance approfondie du commerce (je regarde Louis la Brocante) et de l’industrie publicitaire (je regarde Mad Men). Oserez-vous jusqu’à prétendre que je suis ignorant du monde de l’entreprise?

Posté par Terminator - Posté le 17 octobre 2012 à 14 h 48 min

@BMX13. Je suppose que vous faites de l’humour. Je suis pourtant persuadé que beaucoup de mes confrères n’ont effectivement de l’entreprise une connaissance que journalistique. Elle se résume aux licenciements, aux grognements des syndicalistes devant la minceur des indemnités proposées et aux fermetures d’usines. Tel est le plat de résistance de mes collègues sociologues quand ils abordent la question du marché, de l’entreprise et qui les conduit à exécrer le libéralisme, l’échange, etc. Il n’est d’économie que solidaire, autrement dit ils se contentent d’enfiler des perles de fonctionnaires, au chaud, payés par le Trésor public. Cet aveuglement est français. C’est même une spécificité française. On ne trouve aucun équivalent en Allemagne ou en Hollande que je connais bien. Doit-on en déduire que nos collègues hollandais sont idiots et nous beaucoup plus futés qu’eux? Pour l’instant, nous sommes en loques et gueulards quand leurs universités sont rutilantes. De qui se moque-t-on?

Posté par J. Lefaut - Posté le 19 octobre 2012 à 15 h 59 min

Je ne sais pas si nos collègues aiment ou non le marché et l’entreprise. Là n’est pas la question, à mon avis. Le problème est la partition mentale d’une profession qui, en raison du peu d’heures travaillées, voyage beaucoup et passe des heures sur les comparateurs de coûts et qui, dans le même mouvement, vomit le marché. Cette dualité ne lui apparaît pas contradictoire. Là est le problème.

Posté par Régis - Posté le 22 octobre 2012 à 18 h 46 min

A Rennes 2, il faut voir sur l’intranet le déchaînement des enseignants-chercheurs contre les “pigeons”. Tant de haine ne peut que cacher une ignorance profonde. Tous fils et filles de profs, ne rêvant pour leurs enfants que de postes dans la fonction publique. L’horreur française, synonyme de déclin irréversible. Ca n’est pas avec Hollande et sa tribu de fonctionnaires/énarques qui lui sert de boucliers et d’inspirateurs que ça va changer.

Posté par UFR02 - Posté le 23 octobre 2012 à 7 h 17 min

@Regis: délires identiques à Paris 1, avec épais ricanements. Les entrepreneurs à la lanterne. Trahit sua quemque voluptas.

Posté par Philippe Maur - Posté le 30 octobre 2012 à 8 h 08 min

Qu’est-ce qui vous permet de ranger Bettelheim parmi les “crypto-marxistes”? Avec Paul Sweezy, ils ont contribué à moderniser la théorie marxiste de l’économie. Au même moment, en France, l’économiste en chef dans les rangs marxistes était un certain Ernest Mandel. Un bon crétin, lui. Ca n’était pas le cas de Bettelheim.

Posté par Romulus - Posté le 5 novembre 2012 à 10 h 33 min

Amusant… Ne reste plus qu’à pleurer ou à faire ses valises….

Posté par Schumacher - Posté le 6 novembre 2012 à 22 h 25 min

L’article de Nature est en effet catastrophique. Etonnant du reste que Nature publie un tel article, très sociologique. Je m’interroge: comment va-t-il être reçu par notre profession? Et prendra-t-elle le temps de le lire ou bien haussera-t-elle les épaules, par lassitude? Le pire n’est jamais à exclure. Merci pour avoir signalé cet article, passé inaperçu d’après moi.

Posté par fg - Posté le 21 novembre 2012 à 15 h 21 min

Attention cependant avec la comparaison des taux de chercheurs étrangers entre CANADA/USA et FRANCE. Car les études dans les pays d’Amérique du nord coûtent cher et conduisent à des postes aux salaires moyens mais surtout sans certitude de financement. Aussi les étudiants de ces pays ne s’orientent pas forcément vers les postes universitaires laissant plus de place aux candidatures étrangères. En France, les études sont moins coûteuses et conduisent vers un poste a vie… il y a donc beaucoup plus de candidats français pour un poste et la compétition est rude (souvent biaisée), d’où le fait que les étrangers ont plus de mal à rentrer en concurrence.

Posté par F. Garçon - Posté le 21 novembre 2012 à 16 h 55 min

@fg: quand vous évoquez une compétition “rude” (comme elle doit l’être quand l’enjeu est important) mais que vous ajoutez “(souvent biaisée)”, vous portez l’estocade à une mascarade qui s’appelle le recrutement dans l’enseignement supérieur français. Le dividende est désormais bien connu: un déclassement sans conteste des universités françaises qui aux abois, vont acheter des Nobel aux USA (Smoots). Rassurez-vous, nous n’avons pas touché le fond. Il y a donc matière à d’innombrables blogs amusés ou vengeurs.

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