L’Education nationale, la grande faillite française

            Le premier tour de l’élection présidentielle française fait ressortir la nette attirance des électeurs pour le souverainisme, le repli sur soi, jusque et y compris dans les régions frontalières, Doubs et Haute-Savoie mis à part. C’est là un curieux paradoxe, sachant que le dynamisme des départements frontaliers est tiré notamment par les pays qui les bordent. Le paradoxe s’étend à d’autres régions. Ainsi la Corse, sous perfusion d’aides métropolitaine et européenne, nourrie du tourisme et des retraités, s’est déclarée majoritairement xénophobe.

            Comme quoi, les électeurs n’ont pas calculé le gain qu’ils pouvaient trouver dans la fluidité des frontières. Et s’ils n’ont pas calculé, ni réfléchi dans l’isoloir, c’est peut-être que leur ont été mal enseignées les règles de calcul et les bases de la logique déductive. Comment comprendre que tant d’électeurs s’avèrent d’aussi piètres calculateurs, si peu raisonneurs ? Ce qui conduit à se pencher sur la matrice éducative, sur l’école, primaire puis secondaire, qui fournit à tous et gratuitement le kit du parfait citoyen responsable. Les surprenants résultats du premier tour de la Présidentielle française ne découlent-ils pas d’un système éducatif à la dérive ?

            En France, tout part de l’Education nationale et, dès l’amorce, dès le niveau primaire, les ratés sont impressionnants. Voilà plusieurs années maintenant que les tests PISA bafouillent des résultats mauvais en maths, en sciences et en français. Premier ratage qu’aggrave la sortie de l’école obligatoire, à 16 ans, d’un enfant sur six en situation de quasi-illettrisme. Quand bien même ce qualificatif heurte les oreilles des ouin ouin, il est celui qui correspond le mieux à la réalité. Une autre faillite de l’école, ce sont les 140 000 adolescents qui l’abandonnent chaque année, sans formation ni diplôme. L’immense majorité d’entre eux ne mettra plus jamais les pieds dans un lieu de formation et amorce une interminable dérive sociale. Parvenue à l’âge adulte, c’est cette population, qui se chiffre maintenant par millions, qui peine à compter et à écrire son nom, qui est appelée à se prononcer sur des programmes politiques promettant la lune : retour à la retraite à 60 ans, sixième semaine de congés payés, interdiction des licenciements, revenu universel d’existence, recrutement de dizaines de milliers de fonctionnaires, décapitation des riches, taxation des robots, que sais-je encore. Surtout ne pas rire ! Ces propositions figurent pêle-mêle dans les programmes de Le Pen, Mélenchon, Benoit Hamon et des morpions venus se coller dans cette version pathétique de Qui veut gagner des millions.

 

            Pour mieux apprécier la faillite de l’Education nationale française, qui enseigne 12,3 millions d’enfants et adolescents, il convient de rappeler que ce monopole public disposant d’un budget annuel de 65 milliards d’euros et d’une armée de 1 million d’instituteurs et professeurs, s’enorgueillit désormais de hisser 80% d’une classe d’âge jusqu’au baccalauréat. Chaque semaine, et dès son entrée au collège, à 13 ans, cette gigantesque troupe se voit administrer entre 26 et 28 heures de cours, dont 4 heures de français, 3 heures d’histoire et d’enseignement moral et civique, 4 heures de maths. Pour ceux parvenus en terminale, les voilà maintenant abreuvés de 3 à 8 heures de philosophie hebdomadaire, cet enseignement dont les Français sont si fiers car affinant l’esprit critique, développant le discernement et la capacité de penser par soi-même. Bref, l’Education nationale met tout en œuvre pour fabriquer un adulte imperméable aux mensonges et balivernes, ce citoyen idéal dont ont rêvé les grands penseurs, de Platon à Kant. Guère de chance ici, pour que les électeurs élisent un Donald Trump : bien trop éveillés intellectuellement les Français, car si bien éduqués !

            Férus de philosophie et aiguisés à la dialectique philosophique, les Français ont pourtant plébiscité des candidats ayant promis de raser gratis : à Nice ou à Marseille et dans un nombre considérable d’autres villes, on dénombre plus de 50% de partisans pour les candidats Père Noël.

            Il serait peut-être temps que l’Education nationale se mette à évaluer son enseignement, ses enseignants, libère les énergies au niveau local, cesse de fonctionner verticalement depuis le 110 de la rue de Grenelle où, à Paris, siège le chef d’un ministère aussi pléthorique qu’inefficace, aussi grassement doté que gaspilleur. Alors verra-t-on peut-être enfin surgir un citoyen français capable de calculer que 2+2 font 4, et qu’hormis dans les Ecritures, les miracles n’existent pas. La recommandation vaut évidemment pour l’enseignement supérieur, d’où sont issus les conseillers techniques de tous les candidats.

 Article paru dans le journal Le Temps, 4 mai 2017.

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