Le plagiat, Paris 8 et le brave soldat Darde.

 

 

Paris 8 présente plusieurs caractéristiques qui la singularisent parmi les 85 universités françaises

En premier lieu, un certain nombre de personnes se sont obstinées à la nommer Vincennes, en souvenir du bois où des algecos avaient été installés à la va-vite en 1968. Il a fallu des décennies à ces passéistes pour convenir que l’appellation ne convenait plus. Certains ne peuvent toutefois toujours pas s’y résigner.

Ensuite, cette université est probablement l’une où la probabilité de se faire rouer de coups entre les grilles du bâtiment et le métro est la plus élevée du pays. Les vols de portables, objets de valeur ( ?) que parachèvent les tabassages au sol ne se comptent plus. Dans son rapport d’évaluation sur l’établissement, l’AERES[1] rend hommage à l’enseignement à distance qui permet d’atténuer « les problèmes de sécurité des lieux ».

En matière de recherches, Paris 8 fait encore office de Jurassic Park pour tout ce que l’enseignement supérieur français compte encore de crypto-archéo marxistes. La fièvre n’épargne aucune discipline : histoire, économie, linguistique, etc. A Paris 8, l’histoire des idées s’est arrêtée le 4 mars 1953, veille de la mort de Joseph Staline. Marx, sans ses variantes maoïste, althussérienne, lambertiste, jdanovienne est vivant et, selon ses thuriféraires, fonctionnaires de l’Etat français, l’avenir lui appartient. Les étudiants se bousculent à des cours où il est encore question de la baisse tendancielle du taux de profit ou de la théorie de la plus-value que sucent les patrons (tous très méchants).

Dernièrement, un nouveau chapitre de l’histoire de cet établissement s’est ouvert: le plagiat. Le mal est endémique, universel. En France, la contamination a pris des dimensions inattendues, touchant jusqu’aux géants de la pensée contemporaine: Patrick Poivre d’Arvor, Attali, Minc. Avec de tels modèles, les étudiants auraient tort de se gêner. Au reste, ils ne se gênent pas, d’autant plus que les autorités universitaires ne bronchent guère. En cas de plagiat avéré, il faudra établir un lourd dossier, le défendre devant une commission mixte composée d’enseignants et d’étudiants. Il faut avoir subi une seule fois ce chemin de croix pour comprendre pourquoi les professeurs, la plupart du temps, ferment les yeux. De toutes manières, le diplôme qu’ils décernent n’a, à leurs yeux, guère de valeur. Dans son rapport, l’AERES s’interroge sur l’hyperproductivité doctorale de Paris 8, où l’on dénombre 1800 doctorants et où sont soutenus 250 thèses par an. Oui, autant fermer les yeux.

Justement fermer les yeux, c’est ce que n’a pas fait Jean-Noël Darde. Ce collègue est un teigneux qui ne s’est laissé attendrir ni par les étudiants, ni par la hiérarchie universitaire qui, par couardise, préfère généralement enterrer ce type d’affaires. Ne pas réagir face au plagiat relève de la haine de soi. Faut-il avoir en effet peu d’estime de soi-même pour accepter sans broncher qu’un étudiant (ou un confrère) vous prenne pour un con, ce qu’est le plagié dès l’instant où, informé de ce que l’autre lui a fait subir, il se tait. Un con pleutre qui plus est. C’est pour ça qu’il faut soutenir l’effort de guerre de Jean-Noël Darde. Rejoint par une poignée de collègues, il a percé l’oreiller. La pétition est en ligne  et attend les signatures. http://archeologie-copier-coller.com. Réveillé, le ministère doit maintenant réagir. Ca tombe bien, les Assises de l’enseignement supérieur battent leur plein. Allez, en avant pour une motion !




[1] Rapport avril 2009, page 5.

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