La traçabilité bidon des diplômés

Fièrement, les universités françaises revendiquent désormais leurs performances. Non pas tant les performances dont se targuent les universités anglaises, suisses, canadiennes ou américaines et qui se nomment quantité et qualité des publications que signent leurs équipes d’enseignants-chercheurs, les financements de recherche collectés sur une base compétitive, l’attractivité de leurs facultés capables d’aimanter des étudiants venus non du coin de la rue mais du monde entier ou encore la faible évaporation des étudiants inscrits en cours d’études et qui, faute de motivation ou de ressources financières, décrochent.

Beaucoup d’universités françaises ont fait savoir qu’elles voulaient être jaugées à l’aune d’un autre critère: l’insertion professionnelle de leurs diplômés. Communiquer sur le fait que ces derniers trouvent un emploi dans la continuité des études et quelques mois à peine après leur sortie de l’établissement, est en effet un argument qui porte. Quel candidat aux études supérieures peut se déclarer indifférent à cette information ? 

 Ainsi comprend-on le soin avec lequel, sur ce registre, les établissements supérieurs français peaufinent leur communication. Faute d’exceller sur les critères que revendiquent les prestigieuses universités étrangères, leurs consoeurs françaises ont  donc trouvé la parade : on substituera aux chercheurs médiocres et maladroits lors des razzias dans les fonds de recherche attribués sur une base compétitive, une information s’adressant aux candidats aux études supérieures. Ces cohortes sont en effet parfois hésitantes quant aux choix qu’il leur est proposé: université ? Classes préparatoires aux grandes écoles ? Expatriation ? De fait,  à lire les statistiques sur l’insertion professionnelle des diplômés universitaires, les universités françaises ont de bonne raison de s’enorgueillir. Globalement, deux ans après leur master, tous leurs diplômés sont au boulot.

Méfiance… Voyons ça de plus près. Pour savoir ce que sont devenus professionnellement les étudiants un an après avoir obtenu leurs diplômes, il faut pouvoir interroger les intéressés et vérifier leurs dires. En outre, il faut poursuivre cet exercice à intervalles réguliers. Le faire encore non par carottage sur quelques individus sélectionnés au hasard, mais sur l’ensemble de la cohorte passée par l’établissement. Or une telle enquête, pratiquement aucune université française ne peut le faire à ce jour, et ce pour de multiples raisons. Aucune université ne dispose d’un réel service d’alumnis voué au biberonnage des anciens étudiants. Dit autrement, aucune université française ne sait en temps réel où, professionnellement, se trouvent les diplômés qu’elle a formés. Rien à voir avec les « grandes écoles » qui, chaque année, publient un annuaire de leurs « anciens ». Outil qui, pour l’établissement concerné, sert autant de courroie de communication que de support publicitaire. Justement, à parler d’annuaire, combien parmi les 85 universités françaises en publie un ? Dés lors, quelle traçabilité les universités françaises ont-elles sur leurs étudiants ?  Si ici où là un diplôme, voire une faculté peut avoir bricolé un « annuaire des anciens », qu’en est-il de l’immense reste ? Disons-le abruptement : les universités françaises ne savent rien des centaines de milliers d’étudiants passés par leurs amphithéâtres. Sitôt diplômés, ils sortent de l’écran radar et n’y réapparaîtront jamais.

Bref, avant de trompeter qu’à la différence des universités étrangères qui squattent les palmarès internationaux sans guère se soucier du devenir de leurs étudiants, les universités françaises, elles, se soucieraient de l’insertion professionnelle de leurs diplômés(ce qui est évidemment une contre-vérité : imagine-t-on sérieusement que le diplômé d’Oxford, de l’EPFL ou de Yale peine davantage que le diplômé de l’Université de Béziers ou de Paris 3 à trouver un boulot ?!), nos établissements gagneraient à retracer les parcours de leurs étudiants. Traçabilité par courriel, par appel téléphonique mais, surtout, vérifiable. Ainsi ces universités deviendront-elles crédibles quand elles déclarent que leurs anciens étudiants ont des boulots formidables et que les années passées à suivre des cours verticaux ont été utiles et facilement convertibles sur le marché du travail. Aussi longtemps que les universités françaises n’auront pas mis sur pied un instrument de contrôle et de suivi de leurs diplômés, les performances qu’elles revendiquent en matière d’insertion professionnelle relèveront sinon de la publicité mensongère du moins de la bouffonnerie.

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