Hollande a une foi aveugle dans les premiers de la classe!

François Hollande, en bon premier de classe qu’il a été tout au long de sa jeunesse, a estimé durant la campagne présidentielle qu’il est « important d’avoir jusqu’à 16 ans la même génération ensemble »[1]. Lui et ses équipes croient-ils vraiment à cette tartufferie ? A l’image de toutes les familles CSP+, comme l’étaient les parents de Hollande, la stratégie des adultes se résume en France à segmenter la génération à laquelle leur rejeton est rattaché, à la saucissonner le mieux possible pour éviter à leur bambin tout contact avec les gamins racailleux (le petit François Hollande a ainsi été placé par des parents stratèges au pensionnat Jean-Baptiste-de-la-Salle, de Rouen), plus grands que les autres, plus costauds, qui détestent l’école, qui le leur rend bien. Eux n’y brillent pas ; les profs les marginalisent parce qu’ils sont des emmerdeurs qui leur mènent une vie d’enfer sitôt qu’il a le dos tourné. Voilà pourquoi, contrairement à ce que dit Hollande, il est sans importance que jusqu’à 16 ans la même génération soit ensemble :  non seulement elle ne l’est pratiquement jamais, mais surtout parce que pour certains cette promiscuité scolaire est un calvaire qui s’éternise, tous les jours ouvrables, de 8 h du matin jusqu’à 17H. Les seuls bons jours pour le gamin survolté sont les périodes où l’établissement l’a viré pour mauvaise conduite.

Ne pas en déduire qu’en raison de son comportement asocial il est crétin et promis à un aller simple pour la centrale de Melun. Mais qu’à ce moment de sa vie, l’école est un enfer. Admettre que les exercices qui lui sont proposés sont autant d’agressions, que sa souffrance est permanente. Bref, dans un tel contexte, le jeune n’apprendra rien, décrochera, comme le font entre 120 000 et 140 000 jeunes chaque année. Eux, l’école telle qu’elle existe et qui n’est pas faite pour eux, il ne faudra plus jamais leur en parler. Leur départ est sans retour.

Au contraire du discours niaisement œcuménique, de François Hollande,  il faut multiplier les passerelles. Permettre au gamin en perdition scolaire de faire une pause, et ce dès 14 ans. Oui, une pause face à un matériau scolaire qui s’accumule devant lui et qu’il ne parviendra pas, à ce stade de son évolution, à maîtriser car ce matériau a été conçu pour les petits François Hollande. C’est cette incapacité qui, logiquement, le transforme en chien enragé dans la cage scolaire.

Ce qu’il convient de faire, c’est d’abord de cesser de claironner, ouvertement ou à mots couvertes, que la voie qui mène à Polytechnique ou à l’ENA, la voie générale est la voie grandiose. Ensuite, il faut investir massivement dans la formation professionnelle, voie impériale en Suisse, en Autriche ou en Allemagne. En Suisse le taux de chômage des 15-24 ans en juin 2012 était de 2,9%. Celui des adultes, légèrement inférieur : 2,7%[2]. Enfin, à destination de ces jeunes scolairophobes, ce qu’il convient de faire, comme le font les pays cités plus haut, c’est multiplier les passerelles permettant, à un moment choisi de son existence, de reprendre des études. Soit au sortir de l’apprentissage, quand il n’est pas fait en alternance avec l’école, soit plus tard, à l’âge adulte. Ceux qui sont persuadés qu’il y a qu’une seule voie royale (excellente scolarité générale, bac S, CPGE, six ou sept grandes écoles, point barre), sont justement ceux-là qui ont fossoyé le tissu industriel français, le transformant en vieux tapis sur lequel agonisent les entreprises en cours de délocalisations. Rappelez-vous Serge Tchuruk, brillant polytechnicien, si fier de s’être débarrassé de ses ateliers polluants et bourrés de prolos quand il dirigeait Alcatel. Le premier de classe avait réalisé son fantasme : ne plus traiter qu’avec d’autres premiers de classe, des ingénieurs, des as de la R&D. C’est ça le chic français ! Le lendemain de sa déclaration, l’action d’Alcatel gagnait 6%.

Dans cette revendication du collège jusqu’à 16 ans, Hollande sous-entend encore autre chose, de plus grave : imposant l’école pour tous jusqu’à 16 ans, la société française a accompli son devoir. Pour Hollande, à 16 ans, les jeux sont faits pour la vie. Au-delà, la société se lave les mains. C’est à cause de cette conception bouclée, fermée de l’éducation où tout se joue une fois pour toutes au stade initial, que la formation continue en France est si mal gérée, abandonnée à des organismes qui la vampirisent, comme Pierre Cahuc vient de le montre. Et pourquoi, ensuite, les Français, ceux ayant raté le virage à l’âge de 16 ans, vivent dans l’angoisse de perdre leur emploi quand, ailleurs, ils savent pouvoir se former à nouveau, et rebondir. A eux, personne ne leur a jamais dit qu’il y avait un âge précis, 16 ans où, via une unique filière, on jouait son destin 




[1] Les Echos, 6 août 2012, page 4.

[2] http://www.news.admin.ch/message/index.html?lang=fr&msg-id=45697


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